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Paul Wolfowitz: "Les pays riches devraient responsabiliser leurs multinationales"

La Tribune

Publié le 14 mars 2007 à 16:20 - Mis à jour le 23 octobre 2008 à 18:48

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Le président de la Banque Mondiale a fait une courte escale à Paris après une tournée d'une semaine en Afrique qui l'a conduit du Ghana, au Burundi et enfin en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre). Paul Wolfowitz a fait de la lutte contre la corruption l'une de ses priorités à la tête de la banque de développement. Face la multiplication des contrats léonins dans les pays en développement, il estime que les pays riches devraient prendre leurs responsabilités en empêchant leurs multinationales...

Latribune.fr : Votre action à la tête de la Banque Mondiale est critiquée par de nombreux pays qui vous reprochent de ne pas avoir de stratégie claire et d'avoir fait de la lutte contre la corruption l'une des priorités de votre mandat. Que leur répondez vous ?

Paul Wolfowitz : Vous noterez qu'il y a une certaine contradiction à se plaindre du fait que je ne suis pas suffisament clair et en même temps trop clair. La première priorité doit être les pays les plus pauvres de la planète, tout particulièrement en Afrique. La préservation des biens publics mondiaux est également devenu un enjeu important pour la Banque comme en témoigne son action contre le réchauffement climatique ou la grippe aviaire. Mais le point crucial est: comment aider l'Afrique a prendre le train du développement pour sortir de la pauvreté?

De ce point de vue, la bonne gouvernance est un enjeu majeur. Les Africains eux-mêmes reconnaissent que ce problème a freiné leur développement dans le passé. Et que son amélioration explique une bonne part des progrès réalisés ses dernières années. Un officiel nigerian expliquait à Singapour, lors des assemblées annuelles du FMI et de la Banque Mondiale, que si nous voulons que la pauvreté fasse partie du passé ("make poverty history", un des slogans des altermondialistes), il fallait que la corruption devienne de l'histoire ancienne. Mais il est faux de dire qu'une fois que ce problème sera réglé, ces pays n'auront plus besoin de nous.

L'Association internationale de développement (IDA), institution de la Banque mondiale qui aide les pays les plus pauvres de la planète, a lancé un nouveau cycle pour reconstituer ses fonds. Dans quel état d'esprit sont les grands bailleurs ?

Il y a un soutien très fort pour lutter contre la pauvreté. Les négociations ont débuté la semaine dernière et il s'agit d'un processus très méthodique. Nous avons commencé par faire le bilan du dernier IDA. La question de l'efficacité de l'aide est devenue très importante. Pour de nombreux pays pauvres, il est extrêmement difficile et coûteux de coordonner l'action des bailleurs de fonds. La question des montants qui vont être levés ne sera pas discutée avant deux mois.

La Zambie vient d'être condamnée à payer 10 à 20 millions de dollars à un fonds vautour alors que la communauté internationale vennait de lui accorder un allégement de dette. Est-ce que cela vous paraît normal ?

C'est malheureusement un problème légal autant que moral. Je n'ai pas de solution toute faite. Il faut que les pays puissent s'endetter auprès du secteur privé. Et, de ce point de vue, si les créanciers ne disposent d'aucun moyen légal de contraindre le débiteur à rembourser, plus aucune banque privée ne voudra prêter de l'argent à un Etat. Mais l'exemple zambien montre que cela pose des problèmes. J'espère que cela va attirer l'attention de la communauté internationale sur ces questions et permettre de trouver des solutions.

Le sujet sera-t-il abordé lors des réunions de printemps des institutions de Bretton Woods ?

Des propositions réalistes doivent d'abord être avancées. Un autre sujet important pour la Banque Mondiale est: comment aider les pays en développement à récupérer des actifs détournés par des régimes indélicats? Là encore, cela pose des problémes d'ordre juridique, notamment de protection des avoirs. Mais il doit y avoir un équilibre entre la protection des biens et le droit de pays spoliés par leurs dirigeants de récupérer des biens qui leur appartiennent.

Que peut faire la Banque Mondiale pour empêcher les détournements ?

La principale difficulté est que la traque et la restitution des biens détournés ne rentrent dans le mandat d'aucune organisation internationale, même si la convention des Nations-Unies contre la corruption offre des outils pour agir. Le rôle des paradis fiscaux, ces tout petits pays où le système bancaire est délibérement opaque, est un autre problème auquel il faut s'attaquer. De façon plus large, c'est la question de la gestion des ressources naturelles qui est posée. L'initiative pour la transparence dans les industries extractives (EITI), soutenue par la Banque Mondiale, constitue une partie de la solution. Mais une partie seulement. Ce mécanisme est destiné à assurer la transparence des compagnies minières et pétrolières aux pays hôtes. Cela ne règle évidemment pas la question de la transparence du côté des dépenses. Mais je pense que c'est une étape importante.

Les pays riches ne font ils pas preuve d'hypocrise en réclamant aux pays en développement des efforts de bonne gouvernance tout en offrant à ces mêmes pays tous les instruments de la corruption ? Quels sens cela a-t-il de fournir une ligne de 1,4 milliard de dollars à la RDC alors que des contrats léonins signés pendant la guerre avec les autorités congolaises privent le pays de ses propres richesses ?

Dans le cas de la RDC, la Banque Mondiale travaille avec les autorités pour revoir ces contrats. Beaucoup d'entre eux ont été négociés dans des circonstances particulièrement chaotiques et parfois avec des gens qui n'avaient aucune autorité pour négocier. Un nombre important d'entre eux vont devoir être révisés. Les pays riches devraient prendre leurs responsabilités en empêchant les compagnies de tirer avantage de la situation dans les pays plus pauvres. Un pays où la Banque Mondiale a fait la différence est le Guatemala. Les contrats miniers initiaux étaient particulièrement désavantageux pour le pays. Nous avons aidé les autorités à élaborer un nouveau code minier plus équitable. Même les compagnies minières reconnaissent que leurs intérêts à long terme sont mieux assurés par un cadre, environnement qui bénéficie d'un large soutien dans le pays.

Sarah Wykes, de l'ONG britannique Global Witness, a été arrêtée en Angola pour, officiellement, espionnage. Que pensez vous de l'arrestation de cette militante infatigable de la transparence dans l'industrie pétrolière ?

Nous avons dit très clairement aux autorités angolaises qu'il était très important, dans un but de transparence, que des gens comme Sarah Wykes puissent travailler librement.

La Tribune

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