L’imbroglio qui oppose la famille Castel au CEO du groupe, Grégory Clerc, depuis plusieurs mois prend une autre tournure suite au projet de cession de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam). Les deux parties s’affrontent désormais à coups de communication interposée, tandis que le géant français des boissons, qui s’est imposé sur plusieurs marchés africains, reste visé par un redressement fiscal en France.Le torchon brûle de plus belle au sein de la gouvernance du groupe Castel. Dans une sortie ce lundi, Romy Castel conteste le projet de cession des 88,36% des parts de Somdia – filiale du groupe - dans la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), projet qu’elle dit avoir découvert « avec stupéfaction, par voie de presse ». « La Sosucam est un fleuron du groupe Castel. Elle participe à l’autonomie alimentaire du Cameroun et incarne la vision de mon père […]. A ce titre, c’est un atout stratégique pour le groupe Castel comme pour le Cameroun », déclare-t-elle, relevant l’importance accordée à la transformation locale des matières premières qui permet à la première économie d’Afrique centrale de limiter les importations du produit fini.
Redresser un « actif stratégique » plutôt que le « brader »
Reconnaissant les difficultés rencontrées par la Sosucam ces dernières années, qu’elle attribue principalement au « sous-investissement », Romy Castel estime que céder l’entreprise serait « brader un actif stratégique au lieu de le redresser » et démontrerait « un aveu d’absence de vision, de compétence et de courage » de la part du directeur général Grégory Clerc. « J’invite le gouvernement camerounais et le comité stratégique à privilégier une solution industrielle durable, capable de préserver l’emploi et de hisser la production à la hauteur des besoins du pays, plutôt qu’un simple retrait du capital », appelle l’héritière de Pierre Castel, 99 ans, fondateur du géant français des vins et des boissons qui, bien que non coté en bourse, revendique un chiffre d’affaires de 6,5 milliards d’euros dont la majeure partie est générée en Afrique.
Un conflit parti de changements managériaux importants
Depuis décembre dernier, une crise intense secoue le sommet du groupe Castel, suite à la révocation d’Alain Castel, neveu du fondateur, qui chapeautait la branche vin. Rapidement, Romy, la fille, a réclamé la révocation du directeur général, Gregory Clerc, dénonçant son management et l’accusant de vouloir écarter la famille. Une révocation qu'ils déclarent avoir obtenue en février dernier, lors du conseil d'administration d'IBBM, la société de gestion du fonds propriétaire du groupe Castel et basée à Singapour. Mais le CEO en conteste la validité juridique et s’appuierait, selon ses détracteurs, sur la structure complexe du groupe pour se maintenir.