Cuivre : en pleine offensive américaine en RDC, la Chine veut y renforcer ses positions

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Près de 89 % du cuivre exporté par la RDC en 2025 a été destiné à la Chine continentale et Hong Kong.
Photo DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Près de 89 % du cuivre exporté par la RDC en 2025 a été destiné à la Chine continentale et Hong Kong.
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En RDC, une délégation de China Railway Resources Universal Limited (CRRU) a présenté la semaine dernière au ministre des Mines Louis Watum Kabamba un projet de complexe minier cuivre-cobalt dans la province du Kasaï-Oriental. En partenariat avec l’entreprise publique Minière de Bakwanga (MIBA), l’initiative intervient en pleine tentative d’implantation américaine dans le secteur minier congolais.
CRRU n'est pas un nouveau venu dans l’exploitation du cuivre congolais. Filiale du géant public China Railway Group, la société est déjà actionnaire dans la Sino-Congolaise des Mines (Sicomines), coentreprise au cœur du méga-contrat « mines contre infrastructures » qui lie la Chine et la RDC depuis 2008. Le groupe détient en outre des participations dans deux autres opérations congolaises de cuivre-cobalt et opère le barrage hydroélectrique de Busanga.
Le projet soumis le 6 mai dernier cible les territoires de Miabi et de Kabeya-Kamwanga, au Kasaï-Oriental, sur des permis détenus par la MIBA. L’ambition est d’y produire entre 200 000 et 500 000 tonnes de cuivre par an, une région davantage connue pour ses réserves de diamant que pour la production de cuivre. Un volet énergétique combinant hydroélectricité et solaire pour une puissance comprise entre 250 MW et 500 MW est également annoncé.
Si les contours exacts du projet de CRRU restent à préciser, cette dernière bénéficie déjà du soutien des autorités congolaises, le ministre des Mines ayant réaffirmé « l’engagement du gouvernement à accompagner les investissements structurants susceptibles de contribuer à la transformation économique du pays ».
Pourtant, aucune estimation officielle des réserves n'a été publiée à ce stade et son coût global, les modalités de financement ou encore la répartition des participations entre CRRU et la partie congolaise demeurent également inconnus. Dans des documents contractuels datant du début des années 2020 et cités par le média local Bankable, la MIBA reconnaît elle-même ne pas disposer « d'informations suffisantes pour déterminer les teneurs et les quantités de cuivre-cobalt » présentes sur les permis visés.
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L’annonce de nouveaux investissements chinois dans le cuivre congolais tranche avec la volonté affichée ces derniers mois par les autorités d’une diversification des partenaires dans ce secteur. Alors que les groupes chinois contrôlent environ 80% de la production minière en RDC, Kinshasa cherche à réduire cette dépendance à Pékin en s’associant à de nouveaux acteurs, dont les Etats-Unis.
Depuis la signature du partenariat stratégique RDC-États-Unis en décembre 2025, les entreprises américaines multiplient ainsi les initiatives avec le soutien de Washington. L’agence américaine International Development Finance Corporation (DFC) soutient une coentreprise entre Gécamines et le négociant Mercuria Energy, qui a indiqué en janvier vouloir livrer 100 000 tonnes de cuivre sur le marché américain en 2026.
Cet objectif a depuis été porté à 500 000 tonnes de cuivre. En février 2026, le consortium Orion CMC, lié à la DFC et au fonds émirati ADQ, a signé un mémorandum pour l'acquisition de 40 % dans deux mines de cuivre-cobalt de Glencore en RDC. La stratégie américaine, qui n’en est qu’à ses débuts face à des groupes chinois implantés depuis des décennies, présente toutefois des fragilités.
Virtus Minerals, première entreprise américaine à avoir investi directement dans le secteur congolais après son acquisition de Chemaf pour 30 millions de dollars en mars 2026, n’aurait pas été transparente sur ses capacités. Une enquête de Reuters souligne notamment que la société aurait exagéré son expérience réelle. Plus structurellement, une partie des volumes que Gécamines s'est engagée à livrer aux États-Unis proviennent de mines contrôlées par la Chine, notamment celle de TFM détenue à 80% par CMOC.
En 2025, environ 89 % du cuivre exporté par la RDC l’a été vers la Chine continentale et Hong Kong, selon les statistiques officielles congolaises. Le développement de nouvelles capacités de production par CRRU sur ce nouveau projet viendrait renforcer cette domination chinoise.
La domination chinoise dans le cuivre congolais présente son lot de défis pour le pays, entre contrats jugés défavorables à Kinshasa et manque de projets de transformation locale. En mars dernier, les autorités congolaises ont lancé un audit technique et financier de Sicomines portant sur seize ans d'exécution du programme sino-congolais. Le centre de recherche américain AidData révèle que la coentreprise a contracté près de 9 milliards de dollars de dettes pour développer sa mine, avec pour conséquence notable un plafonnement des royalties versées à Gécamines à 1,2% du chiffre d'affaires jusqu'au remboursement complet de ces emprunts.
La question est désormais de savoir si Kinshasa tirera les leçons de cette expérience dans sa relation avec CRRU, comme avec ses partenaires américains. L'absence d'appel d'offres compétitif et les structures de gouvernance peu transparentes qui ont caractérisé Sicomines sont précisément les travers que la RDC devra éviter sur les gisements encore inexploités. Qu’il s’agisse de Washington ou de Pékin, le deuxième producteur mondial de cuivre est au défi de mieux faire avancer son propre agenda, face à des puissances qui poursuivent les leurs.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin