Le nigérian Oando veut lever 640 millions d'euros sur fond de regain d’intérêt pour le brut ouest-africain
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Wale Tinubu, PDG du groupe pétrolier nigérian Oando.
Photo DR
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Wale Tinubu, PDG du groupe pétrolier nigérian Oando.
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La compagnie pétrolière nigériane Oando prévoit de lever jusqu’à 750 millions de dollars (environ 642 millions d’euros) pour financer une campagne de forage visant à tripler sa production et accélérer une montée en régime. En 2025, le groupe produisait un peu plus de 32 000 barils d’équivalent pétrole par jour.
Dans cette optique, le groupe envisage également de forer jusqu’à cent puits, en s’appuyant sur des actifs acquis auprès de majors comme ConocoPhillips et Eni, dans un contexte de désengagement progressif de ces dernières du segment onshore nigérian.
Le groupe s’appuie sur une ingénierie financière diversifiée pour soutenir cette stratégie. Son conseil d’administration a validé en août dernier un programme d’émission multi-instruments pouvant atteindre 1,5 milliard de dollars (1,3 milliard d’euros). En parallèle, Oando mobilise des financements adossés à ses réserves pétrolières, notamment via Afreximbank, qui a porté à 375 millions de dollars (321 millions d’euros) le montant mobilisable d’une facilité existante. Ces ressources doivent permettre d’intensifier les campagnes de forage, moderniser les infrastructures et améliorer la performance opérationnelle.
Les tensions liées à la guerre en Iran ont perturbé les routes d’approvisionnement mondiales et accru la volatilité des marchés pétroliers. Elles favorisent un rééquilibrage progressif des circuits énergétiques, au profit de producteurs alternatifs, notamment en Afrique de l’Ouest.
Dans ce sillage, le brut nigérian enregistre un regain d’intérêt de certains acheteurs asiatiques, dans un contexte de diversification des sources d’importation. Cette dynamique s’inscrit dans les recompositions amorcées depuis la guerre en Ukraine en 2022.
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La hausse des prix de l’énergie renforce l’intérêt pour les projets amont en Afrique de l’Ouest. Premier producteur du continent avec environ 1,6 million de barils par jour, le Nigeria cherche à tirer parti de cette fenêtre de marché. Parallèlement, les réformes du code pétrolier de 2021, les ajustements des subventions et du taux de change ont amélioré la visibilité du secteur pour les investisseurs. En aval, la mise en service de la raffinerie Dangote, d’une capacité de 650 000 barils par jour, renforce la valorisation locale et réduit la dépendance aux importations de carburants.
Le principal défi demeure l’accès à des financements longs et structurants. Les banques européennes se sont largement retirées du financement des hydrocarbures africains pour des raisons climatiques. Oando avait pourtant levé entre 3 et 4 milliards de dollars auprès de ces institutions au cours de la dernière décennie. Ce retrait impose une restructuration rapide des sources de financement et des montages financiers.
Dans ce nouvel environnement, les institutions africaines comme Afreximbank et Africa Finance Corporation jouent un rôle croissant, aux côtés des traders internationaux et de nouveaux acteurs financiers comme les fonds de private equity et les banques du Golfe. Malgré cette diversification, les besoins de capitaux de long terme restent largement supérieurs aux ressources disponibles. Oando plaide pour une mobilisation accrue de l’épargne domestique africaine, notamment via les fonds de pension.
Oando poursuit par ailleurs son expansion régionale. Présent désormais en Angola, le groupe explore des opportunités au Ghana et en Côte d’Ivoire. Il vise une production de 100 000 barils de pétrole et 1,5 milliard de pieds cubes de gaz par jour à l’horizon 2029.
Le groupe entend également valoriser davantage son gaz dans les segments pétrochimiques et des engrais, afin d’accroître la valeur ajoutée locale des ressources.
À l’échelle mondiale, les tensions géopolitiques devraient continuer à peser sur la sécurité énergétique. Même en cas d’accalmie, les perturbations des flux devraient rester structurelles, selon la direction de la compagnie. La capacité du groupe à sécuriser des financements durables et à exécuter ses projets dans les délais sera déterminante pour transformer cette dynamique en gains structurels.
Olivier de Souza, Agence Ecofin