Un des leaders mondiaux du marché des mini-réseaux solaires, Husk Power veut changer d’échelle. Son projet de levée de fonds intervient au moment où les mini-grids sortent progressivement du statut de solution expérimentale pour devenir l’un des piliers de l’accès à l’électricité dans plusieurs pays africains.
L’entreprise Husk Power Systems, un des acteurs les plus avancés de l’électrification décentralisée, cherche à mobiliser jusqu’à 400 millions de dollars soit environ 345 millions d’euros afin de financer sa croissance jusqu’à la fin de la décennie. L’annonce marque une nouvelle étape pour une entreprise qui a doublé son parc de mini-réseaux en 2024 et multiplie les projets sur le continent africain.
Selon Bloomberg, qui cite le cofondateur et directeur général Manoj Sinha, la levée de fonds envisagée par l’entreprise combine 150 millions de dollars en capitaux propres et 250 millions de dollars de dette. Elle prévoit de finaliser l’opération d’ici juin 2026, afin d’accélérer le déploiement de mini-grids et de préparer éventuellement une introduction en Bourse à l’horizon 2029.
Les fonds aideront la société à décupler son chiffre d’affaires annuel pour atteindre plus de 150 millions de dollars d’ici 2030. Active en Inde et au Nigeria où elle dit exploiter 400 mini-réseaux, Husk Power prévoit d’étendre ses activités dans les deux pays, tout en visant d’autres marchés en Afrique. La RDC et Madagascar font partie des nouvelles cibles de l’entreprise qui veut atteindre au moins 2 gigawatts de capacités installées et approvisionner 30 millions de personnes, d’ici la fin de la décennie.
Une stratégie de croissance déjà amorcée
Fondée en 2008, Husk Power se présente aujourd’hui comme une plateforme de ressources énergétiques distribuées (DER) intégrant plusieurs services, parmi lesquels on retrouve les mini-grids solaires, des solutions pour les entreprises (contrats d’achat d’électricité, installations sur mesure), des systèmes résidentiels, ainsi que des applications dans l’agriculture et la mobilité électrique. L’entreprise indique s’appuyer sur des outils d’intelligence artificielle pour optimiser l’équilibre entre production, stockage et consommation.
Sa croissance récente permet d’en mesurer l’ampleur. En 2024, Husk a doublé la taille de son parc de mini-réseaux solaires. Elle revendique une capacité totale installée d’environ 20 MW et 2 500 kilomètres de lignes de transmission et de distribution. La plateforme énergétique estime desservir près de 1,5 million de personnes et plus de 30 000 petites entreprises dans des zones rurales en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.
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Au Nigeria, elle a conclu, en septembre 2025, une facilité de dette renouvelable de 5 milliards de nairas (environ 3 millions d’euros) avec l’United Capital Infrastructure Fund (UCIF) afin de déployer de nouveaux mini-réseaux. Dans ce pays où la Banque mondiale estime que 40 % de la population n’avait pas accès à l’électricité en 2023, Husk Power veut utiliser ce mécanisme structuré sur 10 ans pour développer une variété de projets allant des sites autonomes aux installations solaires pour le secteur commercial et industriel. « En fournissant une dette locale abordable et de long terme à un leader comme Husk, UCIF crée de l’impact en permettant un accès durable à l’électricité pour les ménages, les PME et les petits exploitants agricoles », a commenté l’UCIF.
Quelques années avant cela, en octobre 2023, Husk Power avait conclu un financement de série D de 43 millions de dollars, ainsi qu’un appui de 60 millions de dollars de plusieurs institutions financières (y compris la Banque européenne d’investissement) pour « étendre ses activités et consolider sa position en tant que leader de l’électrification des communautés rurales d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud ». Le mois précédent, elle avait annoncé une initiative dénommée Africa Sunshot avec comme objectif d’avoir 2 500 mini-réseaux à consommation nette zéro en Afrique au bout de 5 ans.
Un intérêt grandissant pour les mini-grids
Les ambitions de Husk Power en Afrique s’inscrivent dans un contexte où plusieurs tendances convergent selon des analyses distinctes publiées ces dernières années. Un rapport de Sustainable Energy for All publié en août 2024 indique que l’Afrique concentre près de 87 % des financements mondiaux dédiés aux programmes de mini-réseaux. Sur un total de 3,1 milliards de dollars engagés dans le monde, environ 2,7 milliards de dollars sont destinés au continent, avec une forte concentration en Afrique de l’Ouest et en Afrique de l’Est, où les cadres réglementaires évoluent rapidement. Le Nigeria, la Tanzanie, l’Éthiopie, le Sénégal ou encore la Sierra Leone figurent parmi les États qui ont adopté des cadres réglementaires favorables, ce qui crée un environnement propice aux opérateurs privés comme Husk.
Un autre document de la Banque mondiale publié en 2023 indique que près de 380 millions d’Africains pourraient accéder à l’électricité d’ici 2030, grâce au déploiement de 160 000 mini-réseaux électriques pour un investissement global de 91 milliards de dollars. Le rapport indiquait alors que ces systèmes de production et de distribution d’électricité, construits pour approvisionner des zones non desservies par le réseau ou dont les coûts de raccordement à ce réseau sont prohibitifs, connaissent un développement rapide en Afrique et en Asie depuis quelques années.
Pour Husk, aligner son plan de croissance avec ces tendances revient à se positionner sur un marché encore fragmenté, mais appelé à se structurer rapidement sous l’effet de la finance climatique, des plateformes de financement mixtes et des ambitions de programmes internationaux. L’enjeu ne se limite pas au déploiement de mini-réseaux supplémentaires, mais à la capacité d’intégrer ces solutions dans des stratégies nationales d’accès à l’énergie, de manière viable et évolutive.