Des mines d’uranium aux centrales nucléaires, la Chine tisse sa toile en Afrique

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Fûts de concentré d’uranium produit par la mine namibienne Langer Heinrich depuis la reprise des opérations en mars 2024.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Fûts de concentré d’uranium produit par la mine namibienne Langer Heinrich depuis la reprise des opérations en mars 2024.
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L’australien Bannerman Energy a annoncé, jeudi 12 février, un accord de coentreprise avec une filiale de China National Nuclear Corporation (CNNC). Celle-ci prévoit d’investir jusqu’à 321,5 millions de dollars (271 millions d’euros) pour contribuer à l’ouverture d’une quatrième mine d’uranium en Namibie. La Chine renforce ainsi son ancrage dans l’uranium africain, alors qu’elle développe depuis peu des partenariats avec plusieurs pays du continent pour construire des centrales nucléaires.
Avec 7 333 tonnes produites en 2024, d’après World Nuclear Association (WNA), la Namibie est le premier producteur africain d’uranium et le troisième au niveau mondial. La Chine joue un rôle prépondérant dans le secteur puisque ses compagnies publiques détiennent des parts majoritaires dans deux des trois mines actuellement en activité.
La CNNC détient 68,62% de la mine Rössing. En service depuis 1976, il s’agit de la plus ancienne mine d’uranium à ciel ouvert du pays. Autre acteur public chinois du nucléaire, China General Nuclear contrôle à 90 % la mine Husab, mise en service en décembre 2016. Exploitée depuis 2007, la mine Langer Heinrich est détenue à 75% par l’australien Paladin Energy et à 25% par la CNNC. Cette présence en Namibie permet à la Chine de sécuriser une partie de l’approvisionnement en uranium de ses centrales nucléaires.
Selon la WNA, le pays exploite 59 réacteurs opérationnels ayant produit 417 518 GWh en 2024. À titre de comparaison, la France compte 57 réacteurs pour une production de 364 391 GWh, la même année. L’empire du Milieu dispose en outre de 38 réacteurs nucléaires en construction. Grâce à l’accord conclu avec Bannerman Energy, la Chine peut entrer au capital de la future mine d’uranium Etango, capable de livrer en moyenne 3,5 millions de livres par an sur quinze ans.
L’entreprise chinoise pourra acheter 60 % de la production, sous réserve de la finalisation de la transaction et de la construction du site. Elle prévoit de prendre jusqu’à 45 % du capital de la filiale britannique de Bannerman, qui détient 95 % du projet Etango.
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Si la Chine sécurise son approvisionnement en uranium en Namibie, elle cherche en parallèle à se positionner comme un partenaire clé du nucléaire civil en Afrique. Plusieurs pays du continent, confrontés à des déficits structurels d’électricité et à une demande croissante liée à l’industrialisation et à la croissance démographique, explorent désormais cette option pour diversifier leur mix énergétique.
En septembre 2024, le Nigeria a engagé des discussions de haut niveau avec Pékin sur la coopération nucléaire civile couvrant l’ensemble du cycle de vie des projets, de la formation à la construction et au démantèlement. Un protocole d’accord a également été signé avec la CNNC afin de développer des centrales nucléaires.
Le Ghana a conclu un accord visant le déploiement du réacteur chinois Hualong One (HPR1000), tandis que le Kenya explore avec la Chine la possibilité de lancer d’ici 2027 les travaux de construction d’une centrale de 1 000 MW. La société publique sud-africaine Nuclear Energy Corporation (Necsa) a aussi signé en avril 2025 un protocole d’accord avec la CNNC pour relancer la filière nucléaire du pays, avec le déploiement de petits réacteurs modulaires (SMR).
Pékin mise en effet sur ses réacteurs de grande taille Hualong One, mais aussi sur des petits réacteurs modulaires comme l’ACP100, présentés comme plus flexibles et mieux adaptés aux réseaux électriques encore limités de certains pays africains. La montée en puissance de ces technologies s’inscrit dans un contexte où la Russie et la Chine ont représenté plus de 90 % des nouvelles constructions de réacteurs nucléaires dans le monde entre 2017 et 2024.
Parmi les grandes puissances avec lesquelles la Chine doit composer dans ses ambitions africaines, la Russie occupe d’ailleurs une place centrale. A travers Rosatom, Moscou construit actuellement la centrale d’El-Dabaa en Égypte et a signé plusieurs accords de coopération en Afrique de l’Ouest. Même si elle a perdu en influence sur le continent, notamment après les revers subis par Orano au Niger, la France conserve une expertise reconnue, tout comme la Corée du Sud ou le Canada, qui misent également sur les SMR.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin