Avec le rachat de la première banque du Cap-Vert pour 82 millions d’euros, le groupe burkinabè Coris Holding étend son empreinte bancaire à un onzième pays africain. Une nouvelle étape dans une stratégie d’expansion régionale soutenue par un renforcement récent de ses ressources financières, mêlant dette et fonds propres.
Le groupe Coris Holding, contrôlé par l’homme d’affaires burkinabè Idrissa Nassa, a annoncé le 16 janvier dernier l’acquisition de la totalité de la participation de l’État portugais dans la Banco Comercial do Atlântico (BCA), première banque du Cap-Vert. Cette opération étend l’empreinte bancaire du groupe à un onzième pays africain, quelques mois après l’installation de Coris Bank au Tchad.
Engagée en 2023, la cession des 59,81 % du capital de la BCA détenus par la banque publique portugaise Caixa Geral de Depósitos a franchi une étape décisive en mars 2024, lorsque les autorités portugaises ont retenu l’offre de Coris Holding. Après l’obtention des autorisations réglementaires au Portugal et au Cap-Vert, le rachat a été finalisé lors d’une cérémonie officielle organisée le 15 janvier à Praia. Selon Caixa Geral de Depósitos, la transaction s’élève à 82 millions d’euros.
Montée en puissance
Pour Coris Holding, l’entrée sur le marché bancaire capverdien s’inscrit dans une stratégie d’expansion continentale engagée depuis plus d’une décennie. Le groupe met en avant sa volonté d’accompagner « l’émergence économique de ce pays à travers un accompagnement adapté aux besoins des acteurs économiques, et de renforcer davantage la part des échanges commerciaux entre cette île pleine d’opportunités et le reste de l’Afrique ». Lancée en 2013 avec une première implantation en Côte d’Ivoire, cette dynamique s’est accélérée ces dernières années.
Avant le Cap-Vert, Coris s’était déjà implanté dans un premier pays lusophone en 2021, en Guinée-Bissau, complétant ainsi sa présence dans l’ensemble des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Selon la Commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), il s’agit du troisième groupe bancaire de la zone en ce qui concerne le total de bilan à fin 2024. La holding s’appuie sur Coris Bank International, sa filiale bancaire cotée à la Bourse régionale des valeurs mobilières depuis 2016.
Positionné historiquement sur le financement des PME et PMI, le groupe s’est également déployé en Guinée en 2021, avant d’entrer en Afrique centrale avec son implantation au Tchad. Après avoir finalisé début 2024 le rachat de la filiale tchadienne de Société Générale, Coris a lancé officiellement ses activités dans le pays en juin 2025 sous la marque Coris Bank International Tchad. La holding affiche par ailleurs son intérêt pour un renforcement de sa présence en Afrique centrale, notamment au Gabon, sujet évoqué en mars 2025 lors d’échanges entre Idrissa Nassa et le président Brice Clotaire Oligui Nguema.
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Capitaux propres renforcés
La montée en puissance de Coris Holding repose sur une mobilisation croissante de ressources
financières, combinant recours à l’endettement et renforcement des fonds propres. En décembre 2024, le groupe a obtenu un prêt senior pouvant atteindre 80 millions d’euros auprès de la Société financière internationale (SFI) et de la banque néerlandaise de développement FMO, destiné notamment au financement des PME au Burkina Faso, au Mali et au Niger.
À ces ressources s’est ajouté, en octobre 2025, un apport en fonds propres de 100 millions d’euros annoncé par un consortium d’investisseurs européens publics et privés, piloté par Mediterrania Capital Partners. Structurée comme une prise de participation, cette opération vise à renforcer les fonds propres de Coris Holding afin de soutenir sa croissance organique, son expansion régionale et des opérations de croissance externe, dont l’acquisition de la banque capverdienne constitue l’illustration la plus récente. En attendant d’éventuelles expansions dans d’autres pays du continent, l’acquisition de la BCA apporte à Coris une plateforme dans un marché bancaire insulaire, connecté à l’espace lusophone et aux flux entre l’Afrique, l’Europe et la diaspora.