Entre cession de ses parts dans la Sodecoton au Cameroun et nationalisation au Burkina Faso, le français Geocoton enchaîne les replis en Afrique. Le groupe contrôlé par Abbas Jaber réalloue par ailleurs ses ressources, avec une prise de participation annoncée dans la compagnie aérienne Corsair.
Lors du Conseil des ministres du 20 novembre dernier au Burkina Faso, le gouvernement a annoncé la nationalisation « pour cause d’utilité publique » de Société Nouvelle CITEC, leader local de la filière des oléagineux et détenu à 53,4 % par Geocoton. Avec cette décision, Ouagadougou acte la sortie du groupe français de l'entreprise burkinabé, quelques mois après son départ négocié du Cameroun.
Selon les autorités burkinabè, la nationalisation de cette société spécialisée dans la transformation de graines de coton fait suite à de « graves dysfonctionnements » dans la gestion. Aucun détail supplémentaire n’a été communiqué par le ministre de l’Industrie, Serge Poda, qui a néanmoins assuré que les différents actionnaires seraient indemnisés, y compris Geocoton.
Geocoton souhaitait initialement céder sa participation dans Société Nouvelle CITEC, sans en expliciter les raisons. Mais les négociations entamées avec Ouagadougou ont tourné court, à cause d’une dette contractée au nom de la société burkinabè. Le gouvernement souhaitait inclure cette dette dans l’évaluation de la valeur de l’entreprise, ce qu'a refusé le groupe français, précise Serge Poda.
Une réorganisation déjà lancée
Filiale du groupe Advens contrôlé par l’industriel franco-sénégalais Abbas Jaber (photo), Geocoton est actif depuis plusieurs décennies dans une dizaine de pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Longtemps concentrée sur l’industrie cotonnière et agroalimentaire, la société a engagé ces dernières années une ambitieuse stratégie de diversification. En 2021, elle s’est notamment associée au fournisseur britannique Bboxx dans une coentreprise à 50-50 pour déployer des solutions solaires off-grid, destinées à fournir une énergie propre à 2 millions de Burkinabè.
Cette même stratégie l'a conduite à négocier l’année dernière la vente de sa participation de 30 % dans la Société de développement du coton (Sodecoton), fleuron camerounais de l'or blanc. En juillet 2025, le gouvernement camerounais a finalisé cette opération qui porte désormais sa participation dans l’entreprise publique à 89 %, en échange de 46 milliards FCFA (environ 70,1 millions €). Cette entrée financière venue de Yaoundé a donné à Geocoton la marge de manœuvre nécessaire pour s’aventurer dans un tout autre secteur, celui du transport aérien.
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Ainsi, au moment où l’entreprise négociait son retrait de la Sodecoton, Abbas Jaber préparait son entrée au capital de Corsair, en phase de restructuration depuis plusieurs mois. En échange de 15 millions d’euros, l’homme d’affaires s’est offert 40 % de la compagnie aérienne française, ainsi qu’une place au conseil de surveillance où il avait déjà siégé après le rachat de Corsair en 2020 par la holding OMRP.
Le transporteur traverse une zone de turbulences, marquée par une enquête de la Commission européenne sur des aides publiques reçues. S'il se dit « serein » face aux enquêtes de Bruxelles, l’aval de la Commission reste nécessaire pour finaliser l’entrée de Geocoton à son capital. Outre les Antilles et La Réunion, Corsair dessert déjà plusieurs capitales africaines, dont Abidjan (Côte d'Ivoire) et Cotonou (Bénin), et une desserte au Cameroun serait même à l’étude, grâce à... Geocoton.
Selon le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, le groupe d’Abbas Jaber a entamé des discussions avec Camair Co pour devenir son partenaire. Le deal envisagé déboucherait sur une coentreprise entre la compagnie nationale camerounaise et Corsair, permettant à cette dernière d’opérer des vols Douala - Yaoundé - Paris « sous le label Camair Co ». « Ça entraînait quoi comme conséquence ? C’est que Geocoton pourrait maintenant faire en sorte que Camair Co ait des vols, par exemple sur Paris, sans que Camair Co ait besoin d’investir dans l’achat ou la location d’avions », a expliqué le ministre lors d’une intervention au Parlement le 18 novembre dernier.
Avec deux retraits successifs au Cameroun et au Burkina Faso, Geocoton joint à son repositionnement stratégique une séquence de désengagements. La question est désormais de savoir comment s’oriente le reste des activités du groupe dans les pays africains où il est encore actif.