Le projet d’usine annoncé en 2023 par Stellantis en Afrique du Sud reste en suspens. Entre offensive des marques chinoises, essor des importations et demande plus sensible aux prix, le constructeur doit revoir son équation industrielle dans le premier marché automobile africain.
Stellantis n’a pas (pas encore ?) renoncé à produire des voitures en Afrique du Sud. C’est du moins ce qu’il faut retenir de la sortie faite le mardi 30 juin par le responsable local du constructeur européen, Mike Whitfield, qui a précisé que la décision serait clarifiée dans les prochains mois. Trois ans après l’annonce d’une usine dans la province du Cap-Oriental, le marché automobile de la nation arc-en-ciel est en effet bousculé par la montée en puissance des marques chinoises, avec une pression sur les prix et la hausse des importations.
Lorsque Stellantis signe en 2023 un protocole d’accord avec l’Industrial Development Corporation et le ministère sud-africain du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence, le projet s’inscrit dans une stratégie plutôt lisible. Le groupe veut construire une usine à Gqeberha, anciennement Port Elizabeth, pour produire d’abord le pick-up Peugeot Landtrek. L’usine devait ensuite compléter son dispositif au Moyen-Orient et en Afrique, où Stellantis visait alors un million de ventes d’ici 2030, tout en produisant dans la région 70% des véhicules qui y seront commercialisés.
« Nous n'avons certainement pas arrêté ce processus. Nous l'avons mis en pause », a expliqué Mike Whitfield, selon des propos rapportés par Reuters. Le constructeur a récemment détaillé lors d’un point de presse le volet Moyen-Orient et Afrique d’une stratégie mondiale de 60 milliards d'euros dévoilée en mai. Il cherche désormais à revoir sa copie, sur un marché où la rentabilité à l’exportation et les préférences des consommateurs ont évolué.
Un marché plus sensible au prix
L’un des changements visibles sur le marché automobile sud-africain tient à la structure de la demande. D’après Mike Whitfield, les consommateurs sud-africains se tournent davantage vers des véhicules de moins de 400 000 rands (moins de 21 500 euros). Cette évolution favorise les constructeurs capables d’offrir rapidement des modèles bien équipés, à prix contenus et souvent importés.
Les données de l’Automotive Business Council (NAAMSA), l’organisation qui représente l’industrie automobile nationale, confirment ce basculement. Les ventes de véhicules neufs ont progressé de 15,7% en 2025, à 597 338 unités, mais les importations de véhicules légers ont augmenté plus vite encore, atteignant 391 287 unités. Dans ce paysage, la Chine gagne du terrain, puisqu’elle est devenue le deuxième pays d’origine des véhicules légers importés en termes quantitatifs, soit 23,3% en 2025 contre 17,1% en 2024.
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La NAAMSA recensait 15 marques chinoises actives sur le marché sud-africain en 2025, contre 8 en 2024. Au premier trimestre 2026, selon TransUnion, leurs ventes ont progressé de 75% sur un an et représentaient plus de 19% du marché des voitures particulières et véhicules utilitaires légers. Le groupe Chery, à travers Chery, Jetour, Omoda et Jaecoo, s’est même hissé parmi les trois premiers acteurs du marché sur la période.
Le deuxième changement est industriel. Les marques chinoises ne se limitent plus à importer des véhicules en Afrique du Sud. Elles commencent à y poser des bases de production. Jetour prévoit d’assembler ses SUV T1 et T2 à partir de 2027 dans l’usine de Rosslyn, près de Pretoria, que Chery est en train de reprendre au japonais Nissan.
Une concurrence qui redéfinit les positions
Ces évolutions changent la nature de la concurrence pour Stellantis. En 2023, s’installer dans la nation arc-en-ciel revenait surtout à rejoindre un hub industriel dominé par des acteurs historiques comme Toyota, Volkswagen, Ford ou Mercedes-Benz. L’espace disponible s’est depuis rétréci, avec l’offensive chinoise. Stellantis ne ferme néanmoins pas la porte à une recomposition de sa propre chaîne d'approvisionnement.
Le groupe prévoit d'augmenter ses sources d'importation depuis l'Asie, Chine comprise. « Les Chinois ont fait un travail superbe […] et pour être compétitifs, nous devons nous approvisionner avec le même degré de compétitivité », a reconnu Mike Whitfield, sans toutefois évoquer une éventuelle association avec des constructeurs chinois sur le futur site sud-africain, comme Stellantis l'a déjà fait en Europe avec Leapmotor et Dongfeng.
La décision attendue dans les prochains mois dira donc à quel point le groupe est prêt à adapter son projet sud-africain à ce nouvel environnement. Maintenir l’usine supposerait de passer d’un projet centré sur un pick-up à un outil plus flexible, capable de produire plusieurs modèles et de résister à la concurrence. À l’inverse, un nouveau report laisserait davantage d’espace à de nouveaux acteurs sur le premier marché de consommation automobile du continent africain.