Longtemps cantonnée à l’Afrique australe, Nedbank s’apprête à franchir une étape importante hors de son marché historique. En annonçant un projet de rachat majeur en Afrique de l’Est, la banque sud-africaine parie sur une région en forte croissance et redessine sa stratégie continentale, à un moment charnière pour le secteur bancaire.
Mercredi 21 janvier, l’annonce a surpris de nombreux observateurs. Nedbank, l’une des plus grandes banques sud-africaines, a déclaré vouloir prendre le contrôle de NCBA, un groupe bancaire basé au Kenya et présent dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est, qui revendique plus de 60 millions de clients. Derrière cette transaction encore soumise à plusieurs autorisations réglementaires se dessine une ambition que la banque dirigée par Jason Quinn ne cherche plus à dissimuler : s’implanter durablement dans l’une des régions les plus dynamiques du continent.
Une opération autour d’un acteur régional établi
Son nom a beau paraître peu familier, NCBA n’en demeure pas moins un acteur bien ancré dans le secteur bancaire africain, précisément en Afrique de l’Est. Créée en 2019 à la suite de la fusion entre NIC Group et Commercial Bank of Africa, la banque est aujourd’hui l’un des groupes de services financiers les plus présents de la région. Basé à Nairobi, il opère au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie et au Rwanda, et propose également des services de banque digitale en Afrique de l’Ouest, notamment au Ghana et en Côte d’Ivoire.
C’est ce portefeuille que Nedbank souhaite désormais intégrer. Le groupe sud-africain a annoncé avoir soumis une offre pour acquérir environ 66% du capital de NCBA, pour un montant estimé à 13,9 milliards de rands, soit environ 735 millions d’euros. L’opération serait financée par un mix de cash (20 %) et de nouvelles actions Nedbank (80%), qui resteraient cotées à la Bourse de Johannesburg (en Afrique du Sud).
Si la transaction est finalisée, NCBA deviendrait une filiale de Nedbank, tout en conservant son identité propre. Sa marque, son équipe dirigeante locale et sa cotation à la Bourse de Nairobi (au Kenya) seraient maintenues. Nedbank précise également que, n’ayant jusqu’ici qu’un bureau de représentation en Afrique de l’Est, aucune intégration opérationnelle lourde n’est prévue à court terme.
Pour Jason Quinn, directeur général de Nedbank, l’opération repose sur une logique de complémentarité. D’un côté, une banque régionale bien implantée, dotée d’une forte base de clientèle et d’outils numériques éprouvés. De l’autre, un groupe sud-africain disposant d’une expertise reconnue en banque de financement et d’investissement, d’une capacité de structuration transfrontalière et d’un bilan solide.
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L’opération arrive quelques mois après la cession par Nedbank en août 2025 de sa participation de 21,2 % dans Ecobank Transnational Incorporated, l’un des grands groupes bancaires panafricains, pour un montant d’environ 85 millions d’euros. Cette vente marquait la fin d’une collaboration de plusieurs années.
« La décision de Nedbank de céder sa participation dans ETI fait suite à une évaluation approfondie de l’alignement stratégique, de la performance financière et de la création de valeur à long terme de cet investissement », avait déclaré Jason Quinn.
À l’époque, Nedbank expliquait vouloir optimiser son allocation de capital et se concentrer sur ses principales zones de croissance. Jason Quinn parlait alors d’un « reset » de la stratégie africaine, avec un recentrage sur l’Afrique australe et l’Afrique de l’Est.
C’est précisément ce repositionnement qui a surpris certains investisseurs. Après la sortie d’Ecobank, beaucoup s’attendaient à ce que Nedbank se concentre un moment sur son marché domestique sud-africain, confronté à une croissance plus modérée et à une concurrence accrue. « Je ne pense pas que Nedbank aurait dû conclure cette opération pour une raison simple : le groupe a encore beaucoup à faire en Afrique du Sud », a ainsi estimé Ilan Stermer, analyste chez Anchor Stockbrokers, cité par Bloomberg, jugeant que les bénéfices de la nouvelle acquisition envisagée pourraient rester limités à court et moyen terme.
Pourquoi l’Afrique de l’Est compte autant pour Nedbank
Pour Nedbank, le choix de l’Afrique de l’Est est loin d’être anodin. Le groupe décrit la région comme l’une des plus prometteuses du continent, portée par des économies en croissance, une population jeune et en expansion, et un rôle central dans les échanges entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.
L’acquisition de NCBA offrirait au groupe sud-africain un accès immédiat à cette dynamique, et lui permettrait aussi de diversifier ses revenus hors d’Afrique du Sud, dans un contexte où les grands groupes bancaires africains cherchent de nouveaux relais de croissance. Selon Charles Russell, analyste chez SBG Securities, l’opération donnerait naissance à la filiale bancaire sud-africaine la plus rentable sur le continent, devant les activités kényanes d’Absa et la filiale nigériane de Standard Bank. « Même si certains investisseurs gardent un souvenir difficile de l’expérience Ecobank, NCBA apparaît comme un actif de bien meilleure qualité, doté d’une solide couverture géographique et cohérent avec la stratégie africaine de Nedbank », a-t-il déclaré.
Selon les estimations actuelles, la transaction ne devrait être finalisée qu’au troisième trimestre 2026. Si elle aboutit, le pari est-africain de Nedbank devra démontrer qu’une ambition stratégique clairement affichée peut se traduire en création de valeur durable.