Kinshasa relance officiellement les exportations de cobalt. Le 2 décembre, une circulaire interministérielle a autorisé les sociétés minières opérant en République démocratique du Congo, à reprendre leurs expéditions dans le cadre des quotas fixés par l’Autorité de régulation.
La République démocratique du Congo devrait reprendre ses exportations de cobalt après la publication, le 2 décembre, d’une circulaire interministérielle attendue depuis plusieurs semaines. Le texte signé par les ministères des Mines et des Finances et aligné sur les directives de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS), constitue en effet la dernière étape administrative qui manquait pour autoriser les sociétés minières opérant dans le pays à relancer leurs expéditions.
Il met un terme à une phase d’incertitude qui persistait malgré la levée de l’embargo annoncée plus tôt dans l’année. Sans ce document, aucune entreprise n’était en effet en mesure d’engager légalement des procédures d’exportation. Désormais, les volumes autorisés sont régis par des quotas définis par l’ARECOMS, un dispositif conçu pour encadrer les flux d'exportations, limiter la volatilité du marché et assurer une meilleure valorisation du cobalt congolais.
Selon les indications du régulateur, le respect strict des quotas et des procédures de traçabilité fait partie des conditions majeures de la reprise. La première cargaison n’est toutefois pas attendue immédiatement : la chaîne d’approbation s’étend sur plusieurs dizaines de jours, ce qui repousse les premières possibilités d'expéditions vers fin 2025.
Chute des prix et saturation du marché
La reprise survient après 8 mois d’un embargo qui avait profondément impacté la filière. Début février, la RDC, premier producteur mondial de cobalt, avait en effet annoncé la suspension immédiate des exportations, une décision radicale pour répondre à une chute continue des prix du minerai, affaiblis par un excédent de l’offre mondiale. Depuis 2018, le cobalt avait perdu plus de 77% de sa valeur, un recul qui avait réduit les marges des producteurs et affecté les recettes de l’État. Selon Kinshasa, cette intervention visait donc à rééquilibrer le marché.
Initialement prévue pour 4 mois, la suspension avait été prolongée en juin face à la des stocks toujours élevés et l’absence de remontée significative des prix. La mesure a eu des répercussions directes sur les principaux opérateurs du domaine, notamment le groupe chinois CMOC qui dépend particulièrement du cobalt de la mine géante de Tenke Fungurume (TFM), et Glencore, qui avait déclaré des cas de force majeure sur certaines livraisons.
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En septembre, le gouvernement avait finalement annoncé la levée de l’embargo, mais annoncé un nouveau régime : les exportations ne pourraient reprendre qu’en respectant des quotas précis. À partir du 16 octobre, l’ARECOMS a attribué les volumes autorisés pour la fin de l’année, puis fixé des plafonds pour 2026 et 2027. CMOC s’est ainsi vu attribuer la plus grande part des quotas, illustrant son poids sur le marché local, mais aussi des tensions persistantes entre l’entreprise et les autorités sur les questions de production, de contrôle et de transparence.
Gouvernance plus stricte et meilleure valorisation du cobalt
Avec la reprise encadrée des exportations, la République Démocratique du Congo entre dans une nouvelle phase de gouvernance de son cobalt. L’objectif affiché est double : stabiliser un marché mondial très volatil et maximiser les retombées économiques de l'exploitation de ce minerai stratégique, essentiel aux chaînes de valeur des batteries et de la transition énergétique. Notons que durant la suspension, les prix du cobalt ont connu une forte hausse, avec un prix moyen s’établissant à 14 349 euros (16 730 $) la tonne entre janvier et septembre 2025, contre 9 949 euros (11 600 $) sur la même période en 2024.
Le système de quotas permet aux autorités congolaises de mieux maîtriser le rythme des exportations et d’éviter une arrivée massive de volumes susceptible de faire replonger les prix. Il permet aussi une meilleure prévisibilité aux opérateurs, tout en renforçant la capacité de l’État à sanctionner d’éventuels manquements, notamment en matière de traçabilité ou de transfert non autorisé de volumes à des tiers.
Dans cette dynamique, Kinshasa cherche aussi à encourager davantage la transformation locale afin d’augmenter la valeur ajoutée captée dans le pays. La relance des exportations constitue donc une étape importante, mais elle s’inscrit surtout dans une stratégie plus large visant à consolider la position de la RDC comme acteur central et régulateur incontournable du marché mondial du cobalt.