La vente annoncée d’East African Breweries, l’un des principaux acteurs brassicoles d’Afrique de l’Est, s’inscrit dans un mouvement plus large de réorganisation des activités africaines du leader mondial des spiritueux, dans un contexte de recentrage et de réduction d’endettement.
Le britannique Diageo, premier producteur mondial de spiritueux, a annoncé mercredi 17 décembre avoir conclu un accord en vue de céder sa participation dans East African Breweries Limited (EABL) au groupe japonais Asahi Holdings, pour un montant estimé à 2,3 milliards $ (environ 1,9 milliard d’euros). La transaction marque une nouvelle étape dans la réduction progressive de l’exposition de Diageo à l’activité brassicole sur le continent africain.
Selon les détails publiés, l’accord porte sur la cession par Diageo de l’intégralité de sa participation dans Diageo Kenya Limited, entité qui détient 65% du capital d’EABL. L’opération inclut également la vente de la participation de Diageo dans United Distillers Vintners Kenya (UDVK), une entreprise kényane spécialisée dans la production et l’importation de spiritueux. Sous réserve de l’obtention des autorisations réglementaires requises, la finalisation de la transaction est attendue au second semestre de l’année 2026. Asahi a par ailleurs indiqué qu’EABL devrait demeurer cotée sur les bourses du Kenya, de l’Ouganda et de la Tanzanie après la clôture de l’opération.
Dans le cadre de cette transaction, Diageo s’est engagé à conclure des accords de licence de long terme avec EABL afin d’assurer la poursuite de la production et de la distribution de plusieurs marques du groupe britannique. « Les marques détenues localement resteront la propriété d’EABL (comme Tusker et Kenya Cane). De nouveaux accords seront conclus afin qu’EABL produise certaines marques de spiritueux de Diageo (comme Smirnoff et Captain Morgan) ainsi que des boissons prêtes à boire (RTD) (comme Smirnoff Ice et Orijin). EABL continuera également à produire sous licence la marque emblématique Guinness, et à importer et distribuer les spiritueux internationaux premium de Diageo », indique le communiqué.
Pour Diageo, l’opération est présentée comme conforme à sa stratégie visant à renforcer son bilan. « Nous restons déterminés à ramener le groupe dans notre fourchette cible de ratio d’endettement, comprise entre 2,5 et 3 fois, grâce à des cessions d’actifs non stratégiques, tout en générant un effet de levier opérationnel positif et en appliquant une discipline stricte en matière de capital», a déclaré Nik Jhangiani, directeur général par intérim du groupe.
Un désengagement engagé depuis plusieurs mois
L’annonce intervient alors qu’en juillet dernier Bloomberg rapportait que Diageo envisageait un réexamen stratégique des activités d’EABL. Selon les détails du média, le groupe britannique avait mandaté Bank of America et Goldman Sachs pour étudier différentes options, dont une possible cession du segment bière, une opération qui pourrait être valorisée à 1,7 milliard d'euros (2 milliards de dollars). Notons que sur l’exercice clos en juin 2025, EABL a réalisé un chiffre d’affaires net de 999 millions de dollars, un EBITDA de 258 millions de dollars, ainsi qu’une dette nette de 229 millions de dollars.
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Avant l’accord avec Asahi, Diageo avait déjà engagé une réduction progressive de son empreinte industrielle dans la bière en Afrique. En 2023, le groupe a ainsi cédé sa filiale Guinness Cameroun au français Castel. En octobre 2024, il a vendu sa participation dans Guinness Nigeria au singapourien Tolaram.
En juillet 2025, Diageo a finalisé la cession de sa participation majoritaire dans Seychelles Breweries à Phoenix Beverages, filiale du conglomérat mauricien IBL, tout en conservant la propriété de ses marques et en mettant en place des accords de licence et de royalties. Le même mois, le groupe a également transféré sa participation majoritaire dans Guinness Ghana Breweries à Castel, avec des accords similaires pour l’exploitation des marques.
Enjeux et perspectives
Leader mondial des spiritueux, Diageo demeure fortement concentré sur ses marques internationales premium, telles que Johnnie Walker, Smirnoff ou Guinness. La restructuration de ses activités brassicoles en Afrique s’explique en partie par le poids relatif de cette activité dans son portefeuille. En 2024, la bière n’a représenté qu’environ 15% du chiffre d’affaires total du groupe, qui s’est établi à 27,9 milliards de dollars. Sur la même période, l’Afrique n’a contribué qu’à hauteur de 9% aux revenus globaux, soit environ 2,5 milliards de dollars.
Pour Asahi, cette acquisition constitue par ailleurs une opération d’envergure sur le marché africain des boissons alcoolisées. Groupe japonais présent à l’international sur les segments de la bière, des boissons alcoolisées et non alcoolisées, ainsi que de l’agroalimentaire, Asahi a salué l’acquisition d’« une entreprise de premier plan au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie ». Le groupe a indiqué son intention de préserver les marques détenues par EABL tout en introduisant certaines marques internationales de son propre portefeuille auprès des consommateurs d’Afrique de l’Est.