Confrontés à une dépendance croissante aux importations et à la domination chinoise, les États-Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements cuprifères en Afrique. Alors que Washington a pu s’implanter rapidement en RDC grâce au soutien ferme de Kinshasa, Lusaka ne prévoit pas de traitement de faveur pour les entreprises américaines.
En Zambie, les entreprises américaines seront traitées comme tout autre investisseur désireux d'accéder aux minéraux critiques du pays. C'est le message livré lundi 4 mai par le ministre zambien des Affaires étrangères, Mulambo Haimbe, en réponse à des propos de l'ambassadeur américain sortant, Michael Gonzales, tenus lors d'une réception d'adieu le 30 avril. Cette sortie officielle intervient alors que Washington a fait de la Zambie le nouveau terrain de sa rivalité avec la Chine, bien installée chez le deuxième producteur africain de cuivre.
Craintes diplomatiques
En vue d’un accord qu’ils négocient avec Lusaka sur la santé, évalué à 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros), les Etats-Unis veulent intégrer l’accès aux minéraux critiques zambiens comme préalable. La fin de non-recevoir opposée par Lusaka a coïncidé avec une campagne médiatique américaine visant les autorités locales, accusées de ne pas sanctionner la corruption dans la santé d’une part et de ne guère réagir à l’impact négatif de la Chine dans les mines.
Dans un rapport publié le 1er mai et présentant un tableau accablant des pratiques environnementales et sociales des compagnies minières chinoises à l'échelle mondiale, des élus américains dénoncent notamment l’impunité autour de la rupture en février 2025 du bassin de déchets d’une mine zambienne de cuivre exploitée par Sino-Metals, filiale de la compagnie d’Etat China Nonferrous Metal Mining Group (CNMC). Cela a entraîné le déversement de 1,5 million de tonnes de matières toxiques dans des cours d'eau du pays, incident ayant privé 700 000 personnes d’accès à l’eau potable.
Selon le document d’un comité de la Chambre des représentants des Etats-Unis, le gouvernement zambien n’aurait guère réagi par « crainte de représailles de la part de Pékin ». Pourtant, les autorités zambiennes ont enclenché des mesures habituelles pour ce type de situation, y compris la fermeture immédiate de la mine et des installations connexes. Sino-Metals s’est vu infliger une amende et reste sous le coup de plusieurs demandes d’indemnisation par les victimes et d’une procédure de restauration complète des sites contaminés.
« Si les dégâts causés aux terres et aux moyens de subsistance s'avèrent plus importants ou plus durables qu'on ne le pensait initialement, des indemnités supplémentaires seront alors nécessaires et seront demandées », a aussi précisé Mutale Nalumango, vice-présidente de la Zambie.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Le modèle que Washington veut répliquer
Les récentes accusations d’officiels américains sont à replacer dans un contexte de poussée intensive de Washington pour diversifier et augmenter son approvisionnement en cuivre. Officiellement ajouté à la liste américaine des minéraux critiques en novembre 2025, le métal rouge fait l'objet de tensions croissantes dans les chaînes d'approvisionnement américaines.
Selon l'USGS, la dépendance nette des États-Unis aux importations de cuivre a atteint 57% de leur consommation apparente en 2025, contre 45% l'année précédente, tandis que leurs importations de cuivre raffiné ont quasiment doublé, à 1,7 million de tonnes. Avec une production minière qui doit atteindre 1 million de tonnes en 2026, la Zambie constitue une cible importante dans le dispositif américain en Afrique. Dans ce cadre, les Etats-Unis ont déjà obtenu en République démocratique du Congo (RDC) le type d’accord qu'ils cherchent en Zambie.
Signé à Washington en décembre 2025, l'accord de partenariat stratégique américano-congolais prévoit un accès préférentiel aux minéraux congolais pour les entreprises américaines. En quelques mois, plusieurs investisseurs américains ont sécurisé des projets de minéraux critiques, y compris pour le cuivre. Le consortium Orion CMC, constitué en octobre 2025 avec le soutien direct du gouvernement américain, a ainsi conclu en février 2026 un protocole d'accord avec Glencore portant sur l'acquisition d'une participation de 40% dans les mines congolaises de cuivre-cobalt de Mutanda et Kamoto.
Le corridor ferroviaire de Lobito constitue l'armature logistique de cette stratégie. L’infrastructure reliant le port angolais de Lobito à la ceinture de cuivre de la RDC est financièrement soutenue par le gouvernement américain. Son extension vers le nord-ouest de la Zambie, prévue sur environ 800 kilomètres de nouvelle voie ferrée, est envisagée afin de raccourcir le temps d'acheminement des minéraux de la région vers les marchés atlantiques.
Rude concurrence en Zambie
Comme en RDC, les intérêts chinois dans le cuivre zambien sont anciens et ne cessent de se renforcer. Parmi les principaux acteurs, CNMC opère les mines de Chambishi ainsi que le site de Luanshya, dont une section reprendra la production en août 2026 après deux décennies d’arrêt et un investissement de 710 millions de dollars (603 millions d’euros). JCHX Mining Management, qui détient 70% d’intérêts dans la mine de cuivre Lubambe, a annoncé en 2024 engager 300 millions de dollars pour en étendre la durée de vie.
En novembre 2025, à l'occasion de la visite du Premier ministre chinois Li Qiang à Lusaka, les deux pays ont signé plusieurs protocoles d'accord couvrant les mines et plus précisément la coopération en matière de minéraux verts. Face à ce socle, Washington ne part pas de rien. L’américain KoBold Metals, soutenu notamment par Jeff Bezos et Bill Gates, est déjà présent sur le projet Mingomba, présenté comme le plus grand gisement de cuivre du pays.
La cérémonie de lancement des travaux de fonçage de puits a eu lieu fin avril 2026 en présence du président Hakainde Hichilema, pour une mine dont la production devrait atteindre 300 000 tonnes de concentré de cuivre par an au début des années 2030. Alors que la Zambie vise une production nationale de 3 millions de tonnes d'ici 2031, contre environ 900 000 tonnes en 2025, de nouveaux partenaires, y compris américains, sont vivement attendus.
Là où la RDC cherche à réduire la prépondérance chinoise dans ses mines en s’ouvrant aux capitaux américains, la Zambie dispose déjà d’une base diversifiée d’acteurs, allant des canadiens First Quantum Minerals et Barrick Mining à l’indien Vedanta. Dans cet écosystème, les protégés de l’Oncle Sam devront trouver leur place sans avantage particulier de Lusaka.