ENTRETIEN - Alors que le développement de l’Afrique n’a jamais autant mobilisé le monde financier, Marie-Laure Akin-Olugbade, vice-présidente principale de la Banque africaine de développement (BAD), partage l’expérience multidimensionnelle de la première institution financière du continent, livre son analyse sur la puissance du partenariat international dans un monde fragmenté et tout en faisant un clin d’œil au leadership féminin.LA TRIBUNE AFRIQUE - Le leadership féminin s’impose aujourd’hui comme un levier stratégique de performance et de transformation pour les organisations. Mais quand on est une femme leader - depuis plus de trois décennies dans la finance de développement - comment résume-t-on les principes qui portent un tel parcours ? Si vous deviez en citer trois, quels seraient-ils ?
MARIE-LAURE AKIN-OLUGBADE – Je dirai la passion, la persévérance et l’humilité. Lorsqu’on a de la passion, on se donne, on travaille dur, on ne se laisse pas arrêter par les obstacles. Au contraire, on les transforme en opportunités. Ensuite, le sens de la persévérance aide à poursuivre la vision dans le but de la réaliser en dépit des difficultés, tout en préservant son intégrité. Enfin, le parcours d’un leader n’est pas solitaire. Il n'y a d’ailleurs aucun mérite à ce que cela soit un parcours solitaire. Il faut avoir cette humilité de reconnaître que quelqu'un d'autre peut aider quand on ne sait pas quelque chose. Il faut rechercher des mentors, des modèles et surtout continuer d’apprendre constamment, et être désireux de toujours faire mieux, de devenir mieux soi-même, de tirer avantage des opportunités, de se bonifier encore et toujours pour rester le plus à jour de ce qui se passe.
Ce qui se passe, c’est notamment cette mobilisation du monde financier initiée par la BAD et qui brise peu à peu le « plafond de verre » du financement via entre autres l’Africa Investment Forum (AIF) dont le dernier conclave a débouché sur 15 milliards de dollars d’intérêts d’investissements. Comment la Banque accueille-t-elle ce retour et de quelles régions du monde (Afrique, Europe, Amérique, …) ces engagements viennent-ils en majorité ?
Je crois qu'on peut se réjouir de l'intérêt qui continue à croître pour le continent, notamment pour des projets qui sont bien structurés, dans des secteurs aussi variés que le transport, l'énergie, notamment l'énergie renouvelable, mais également l'agro-industrie. Et depuis la dernière édition de Rabat, la transformation des métaux critiques pour alimenter le marché local et l’export est désormais un domaine à fort intérêt de la part des investisseurs. J’ai d’ailleurs eu le plaisir de présider un boardroom sur un projet type dans un pays du continent. Ces investissements sont dans le cœur de l'industrialisation que nous appelons de nos vœux.