Minéraux critiques : pourquoi les États-Unis se tournent vers l’Afrique du Sud

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Mine de cuivre et de zinc de Prieska en Afrique du Sud.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Mine de cuivre et de zinc de Prieska en Afrique du Sud.
DR
En Afrique du Sud, des discussions exploratoires auraient débuté avec Washington autour d’éventuels accords sur les ressources naturelles. Si l’information rapportée voici quelques jours par le Financial Times n’a toujours pas officiellement été confirmée par l’une ou l’autre des parties, ce qu’un tel partenariat pourrait rapporter aux États-Unis en matière d’accès à des minéraux critiques comme les terres rares ou le cuivre est plus évident.
Selon le FT, les deux pays ont tenu à Johannesburg une réunion réunissant des fonctionnaires et exécutifs du secteur minier et bancaire, dans le cadre d’un forum permettant d’identifier des projets susceptibles de bénéficier d’une coopération américaine dans les domaines minier, énergétique et logistique. Le forum est piloté par le think tank américain Center for Strategic and International Studies (CSIS) et inclut l’agence fédérale Development Finance Corporation (DFC), qui se montre de plus en plus active dans certains projets africains de minéraux critiques, notamment en RDC et au Rwanda.
Le rapprochement commercial évoqué entre Pretoria et Washington contraste avec plusieurs mois de turbulences diplomatiques, depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. Dont récemment l’exclusion de l’Afrique du Sud du prochain sommet du G20 prévu aux États-Unis.
Dans sa volonté de diversifier son approvisionnement en minéraux critiques, le gouvernement américain peut difficilement ignorer la nation arc-en-ciel. L’Afrique du Sud possède l’une des dotations minières les plus diversifiées au monde, incluant des ressources de plus en plus convoitées pour des raisons stratégiques, y compris la transition énergétique.
Le pays concentre environ 83% des réserves mondiales de métaux du groupe du platine (PGM), qui alimentent des technologies de la transition énergétique, comme les piles à combustible à hydrogène. Entre 2020 et 2023, l’Afrique du Sud a fourni 45 % des importations américaines de platine et 32% de palladium, selon l’USGS.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

L’Afrique du Sud dispose aussi de projets en développement dans le cuivre, comme celui de Prieska mené par Orion Minerals sur un gisement capable de livrer 22 000 tonnes de cuivre par an. Mais c’est sur les terres rares que l’intérêt américain pour l’Afrique du Sud pourrait être le plus concluant. Selon l’USGS, 71% des importations américaines de composés et métaux de terres rares provenaient de Chine entre 2021 et 2024. Les contrôles à l’exportation renforcés par Pékin depuis avril 2025 sur des éléments comme le dysprosium et le terbium ont renforcé l’urgence de diversifier les sources d’approvisionnement.
Trois projets sud-africains sont en mesure de contribuer à cet objectif. Phalaborwa, opéré par Rainbow Rare Earths avec l’appui de Techmet, un fonds soutenu par la DFC, est en mesure de livrer annuellement 1 850 tonnes de néodyme et praséodyme (NdPr). Le projet Zandkopsdrift, porté par la société Frontier, vise une production annuelle de 4 000 tonnes de ces terres rares magnétiques, alors que le projet Steenkampskraal doit livrer un concentré de monazite, minerai riche en terres rares.
Pour l’Afrique du Sud, l’intérêt américain survient alors que le secteur minier peine à retrouver son attractivité auprès des investisseurs en matière d’exploration. Les dépenses dans ce segment représentent depuis plusieurs années moins de 1% du budget mondial, contre plus de 5% il y a deux décennies. Pretoria a répondu en mai 2025 par l’adoption d’une stratégie nationale sur les minéraux critiques, présentée par le ministre Gwede Mantashe, qui entend encourager les investissements en exploration, en transformation locale et en partenariats internationaux.
Lors de sa visite à la Maison-Blanche l’année dernière, le président Cyril Ramaphosa a indiqué que son pays est ouvert à une coopération accrue sur les minéraux critiques avec les États-Unis. En attendant des engagements plus concrets de Washington, Pretoria a scellé l’année dernière un premier accord formel avec l’Union européenne. En marge du sommet du G20 tenu à Johannesburg et boudé par l’administration Trump, les deux parties ont convenu de développer conjointement des projets d’exploration, d’extraction et de raffinage de ces ressources.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin