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La Tribune Afrique

Le Maroc veut assurer 60% de ses besoins en eau potable grâce au dessalement d’ici 2030

Photo de Espoir Olodo

Espoir Olodo, Agence Ecofin

Publié le 08 décembre 2025 à 12:18

Station de dessalement d’eau de mer, un élément clé de la stratégie marocaine pour sécuriser l’accès à l’eau potable face à la sécheresse.

Station de dessalement d’eau de mer, un élément clé de la stratégie marocaine pour sécuriser l’accès à l’eau potable face à la sécheresse.

DR

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En Afrique, le Maroc est l’un des pays les plus touchés par le déficit hydrique. Avec plusieurs années consécutives de sécheresse et les effets du changement climatique, le dessalement de l’eau de mer est perçu comme une solution pour répondre aux besoins croissants en eau potable.

Au Maroc, le gouvernement veut couvrir 60% de ses besoins en eau potable grâce à l’eau de mer traitée d’ici 2030, contre 25% actuellement. L’annonce a été faite le 4 novembre par Nizar Baraka, ministre de l’Eau, en marge du Congrès mondial de l'eau à Marrakech. Cette déclaration intervient alors que le Royaume connaît sa septième année consécutive de sécheresse, entraînant une baisse drastique du niveau des barrages et affectant l’activité économique. Selon la Direction générale de la météorologie du Maroc, l’année 2022 a notamment été la plus chaude jamais enregistrée dans le pays depuis 40 ans.

Des investissements pour sécuriser l’approvisionnement en eau

Pour atteindre cet objectif, le Maroc entend produire 1,7 milliard de mètres cubes d’eau dessalée par an d’ici 2030. Ce volume représente près de cinq fois la capacité actuelle des 17 usines de dessalement opérationnelles dans le pays, qui génèrent 345 millions m³ par an.

D’après les propos du ministre relayés par Reuters, l’un des projets phares de cette stratégie est une usine située près de Tiznit, nécessitant 929 millions d'euros (10 milliards de dirhams) d’investissements. Dotée d’une capacité annuelle de 350 millions m³, elle alimentera les principaux centres urbains du « grenier alimentaire » du Maroc ainsi que les zones agricoles alentour.

Cette méga-usine, dont l’appel d’offres pour la construction, le financement et l’exploitation devrait être lancé d’ici juin 2026, s’inscrit dans un portefeuille de projets en cours, comprenant également de nouvelles usines alimentées par des énergies renouvelables dans plusieurs villes du nord, notamment Nador et Tanger.

Par ailleurs, les autorités prévoient de développer, en partenariat avec l’entreprise française Veolia, des unités de dessalement à Rabat et à Tantan, dans le sud-ouest du pays.

Au total, selon Nizar Baraka, quatre autres usines totalisant une capacité de 540 millions m³ sont actuellement en construction, pour une mise en service prévue en 2027. Parmi elles figure l’unité de Casablanca, d’une capacité de 300 millions m³, développée par le groupe espagnol Acciona et deux filiales du groupe marocain Akwa (Afriquia Gaz et Green of Africa), pour un investissement estimé à 800 millions d'euros.

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Une course contre la montre face au stress hydrique

En misant fortement sur le dessalement, les autorités veulent répondre aux besoins immédiats, mais surtout anticiper une raréfaction de la ressource. Déjà en situation de stress hydrique structurel, le pays disposait de 620 m³ d’eau par habitant en 2020, contre 2 560 m³ en 1960, selon la Banque mondiale. Ce niveau pourrait tomber sous la barre des 500 m³ par habitant d’ici 2030, seuil qui correspond à une situation de pénurie absolue.

Cette évolution résulte de la pression démographique, des effets du changement climatique et de la hausse de la demande liée aux activités économiques, en particulier l’agriculture, qui consomme près de 85 % des ressources en eau renouvelables du pays (issues essentiellement des précipitations et du ruissellement).

Le Maroc fait également face à des sécheresses dont la fréquence, la gravité et la durée s’intensifient, accentuant la vulnérabilité des zones rurales et pesant sur la stabilité macroéconomique ainsi que sur la sécurité alimentaire.

Entre 2019 et 2024, le pays a ainsi perdu un million d’emplois agricoles en raison de la sécheresse et du stress hydrique. Ce contexte a conduit les autorités à adopter une politique proactive pour diversifier les sources d’eau et renforcer l’autonomie hydrique du pays. Plusieurs feuilles de route sont en cours de mise en œuvre.

Parmi elles figure le Plan national de l’eau (PNE), doté d’un budget global de 35,4 milliards d'euros (41,3 milliards de dollars) pour la période 2020-2050. Il prévoit de mobiliser 4,6 milliards m³ par an et d’économiser près de 2,2 milliards m³/an grâce à une meilleure gestion de l’eau potable et de l’eau dédiée à l’irrigation. À cela s’ajoute le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI), d’un budget total de 13,2 milliards d'euros (143 milliards de dirhams) sur la période 2020-2027. Ce programme vise à améliorer l’offre en eau, optimiser la gestion de la demande, valoriser la ressource et renforcer l’accès à l’eau potable dans les zones rurales.

Espoir Olodo, Agence Ecofin

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