Au Cameroun, un nouveau projet à 274 millions d'euros pour transformer localement le coton

Les producteurs au Cameroun ne couvrent qu’environ 5% de la demande intérieure, largement dominée par les importations et la contrebande
Photo DR

Les producteurs au Cameroun ne couvrent qu’environ 5% de la demande intérieure, largement dominée par les importations et la contrebande
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Le Cameroun s’apprête à franchir une étape clé dans la valorisation locale de sa production cotonnière. Selon les informations rapportées par Investir Au Cameroun, un consortium réunissant Panafritex (branche textile d’Arise), la Société de développement du Coton du Cameroun (Sodecoton), la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale et Marlo Properties Fincorp, spécialisée dans les infrastructures et la transformation économique, prévoit la création d'une société intégrée chargée de transformer sur place le coton et baptisée Camtext SA. L’investissement global est estimé à 180 milliards FCFA, soit environ 274 millions d’euros.
Ce projet d’envergure qui aurait déjà atteint la maturité technique et administrative, marque un tournant dans le développement industriel du pays d'Afrique centrale. Il vise à en réduire la dépendance aux importations de produits textiles, tout en maximisant la valeur ajoutée locale. Le cœur industriel de Camtext sera implanté dans la zone industrialo-portuaire de la Dibamba, près de Douala, et comprendra des unités de filature, tissage, tricotage et ennoblissement. L’ensemble devrait générer environ 12 000 emplois directs, auxquels s’ajouteront 3 000 postes dans des ateliers de confection et le centre d’excellence textile de Garoua, chargé de former les techniciens et les ouvriers.
Ce choix géographique associe la proximité du bassin cotonnier à l’expertise de la Sodecoton et aux capacités énergétiques du pôle économique national, nécessaires pour les processus à forte intensité.
L’initiative entre dans le cadre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui a pour ambition d’atteindre 600 000 tonnes de coton par an et 50% de transformation locale d’ici cette échéance. Actuellement, les producteurs locaux ne couvrent qu’environ 5 % de la demande intérieure, largement dominée par les importations et la contrebande, responsables de la fermeture de nombreux ateliers et de la perte de milliers d’emplois.
Camtext prévoit de transformer 12 000 tonnes de coton produites par la Sodecoton dans une chaîne de valeur intégrée. La production sera d’abord destinée au marché local, avant une extension vers la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale), afin de renforcer la compétitivité régionale du pays. Les initiateurs tablent sur un résultat net annuel compris entre 3 et 4 milliards FCFA (entre 4,6 et 6 millions d'euros), avec un retour sur investissement en 11 ans et une montée en puissance progressive jusqu’en 2033.
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Le modèle est inspiré des complexes industriels développés par Arise IIP au Bénin, conçus pour rivaliser avec les grandes places asiatiques. Il bénéficiera d’exonérations ciblées sur l’électricité, les droits de douane et la fiscalité afin d’abaisser les coûts de production. L’usine combinera l’utilisation de fibres de coton locales et synthétiques, dans une logique d’optimisation des prix et de diversification des produits finis.
Le gouvernement mise sur ce projet pour relancer durablement la filière textile nationale, renforcer la souveraineté industrielle et absorber une part importante de la main-d’œuvre. Il ne s’agit néanmoins pas de remplacer les acteurs publics existants. La Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam) poursuivra ainsi ses activités, avec une modernisation prévue de son site. Camtext viendra plutôt compléter et dynamiser l’écosystème textile national.
Si les initiateurs parviennent à finaliser le financement et à garantir un approvisionnement énergétique fiable ainsi qu’une logistique fluide sur les corridors, Camtext pourrait aider à repositionner le Cameroun comme un pôle textile majeur en Afrique centrale, capable de produire localement ce que le pays importait jusque-là. À terme, cette industrialisation du coton pourrait devenir l’un des leviers les plus structurants du développement économique et de l’emploi dans le pays.