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Port d’Apapa-Nigéria : 600 millions de dollars d’investissements annoncés par APM Terminals

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 18 mai 2026 à 09:11

Le port d’Apapa l’a capté 16,7 % du trafic national de fret en 2025.

Le port d’Apapa l’a capté 16,7 % du trafic national de fret en 2025.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'opérateur APM Terminals a annoncé son intention d'investir 600 millions de dollars dans le terminal d'Apapa, à Lagos. Sa concession, signée en 2006, expire en 2031. Les volumes du port reculent.

L'annonce a été faite par Igor van den Essen, président régional Afrique-Europe d'APM Terminals — la filiale portuaire du groupe danois A.P. Moller-Maersk, dont le siège est à Copenhague et qui exploite une soixantaine de terminaux à conteneurs dans le monde. Il était accompagné de Martijn Van Dongen, directeur des investissements du groupe, et de Frederik Klinke, directeur général d'APM Terminals Nigeria. La rencontre s'est tenue avec Bola Tinubu, président de la République fédérale du Nigeria, dans le cadre de l'Africa CEO Forum, les 14 et 15 mai derniers.

L'annonce a été relayée par Bayo Onanuga, porte-parole présidentiel nigérian, et reprise par la presse nigériane et internationale, notamment ThisDay, Premium Times, The Guardian Nigeria, Businessday et Reuters.

Le terminal d'Apapa est le plus ancien port à conteneurs du Nigeria. Sa concession a été attribuée le 20 mars 2006 à A.P. Moller Finance SA et APM Terminals BV par la Bureau of Public Enterprises (BPE), agence fédérale chargée des privatisations à Abuja, dans le cadre des réformes portuaires conduites sous Olusegun Obasanjo. Le contrat porte sur les quais 15 à 18A du Lagos Port Complex et expire en 2031. APM Terminals indique avoir investi 438 millions de dollars dans le terminal depuis 2006, selon les informations publiques de l'entreprise. L'opérateur a, par ailleurs, signé en décembre 2025 un bail exclusif de services de barges avec Barging Marine Solutions Ltd, filiale de GMT Nigeria, valable jusqu'en septembre 2031, calendrier identique à celui de la concession.

Une décélération nigériane qui pèse sur les volumes africains du groupe

Les données du rapport opérationnel 2025 publié le 4 mars 2026 par la Nigerian Ports Authority (NPA), autorité portuaire publique du Nigeria, font apparaître un transfert de gravité. Apapa a capté 16,7% du trafic national de fret en 2025, derrière Lekki Deep Sea Port, qui a atteint 40,6 %. Mis en service commercial en avril 2023, ce dernier est exploité par Lekki Free Port Terminal, filiale du consortium Lekki Port LFTZ Enterprise Limited, détenu à 75% par China Harbour Engineering Company Ltd (CHEC), entreprise publique chinoise de construction d'infrastructures, et Tolaram Group, conglomérat singapourien d'origine indienne, le reste étant réparti entre le gouvernement de l'État de Lagos (20 %) et la NPA (5%). Le trafic total des ports nigérians a progressé de 24,8% à 129,3 millions de tonnes en 2025, le conteneurisé de 25,7% à plus de 2,1 millions d'EVP, et le transbordement de 205,8%.

Au-delà du Nigeria, les volumes africains consolidés de Maersk stagnent en valeur relative. Selon le rapport intermédiaire du premier trimestre 2026, publié à Copenhague le 7 mai 2026, le segment Terminals du groupe a enregistré 3,47 millions de mouvements de conteneurs, dont 184 000 en Afrique, soit 5,3% du total. L'Afrique est la seule région où le volume n'a pas crû en glissement annuel, et le taux d'utilisation y atteint 66%, le plus bas du portefeuille mondial. Le rapport cite nommément deux freins : la baisse des volumes à San Pedro (Côte d'Ivoire) et à Onne (Nigeria), partiellement compensée par la croissance à Monrovia (Liberia). Cependant, Apapa, exploité en joint-venture, n'entre pas dans ce périmètre consolidé : il figure dans la ligne « parts dans le résultat des coentreprises et entreprises associées », qui a progressé de 18% à 111 millions de dollars au cours du trimestre, « principalement portée par l'Afrique de l'Ouest et le Brésil ». Cette ligne affiche une marge d'exploitation du segment Terminals de 33,2%, la plus élevée du groupe, alors que le segment Ocean accuse une perte d'exploitation de 192 millions de dollars sur la même période. Container Trades Statistics, agence britannique de données sur le commerce maritime, classait par ailleurs le corridor Asie-Afrique de l'Ouest comme le plus dynamique au monde en 2025, avec une croissance des volumes supérieure à 30%.

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Un calendrier réglementaire qui structure la négociation

L'annonce de Kigali intervient dans une fenêtre réglementaire ouverte. L'Infrastructure Concession Regulatory Commission (ICRC), agence fédérale nigériane chargée de la régulation des partenariats public-privé, a engagé dès mai 2017 la révision des contrats de concession signés en 2005 et 2006. En mars 2024, la Chambre des Représentants nigériane a convoqué Adegboyega Oyetola, ministre fédéral de la Marine et de l'Économie bleue, au sujet du retard dans le renouvellement de six baux portuaires expirés.

Le 18 mars 2026, le gouvernement fédéral a signé à Londres, à l'occasion d'une visite d'État de Bola Tinubu, un accord de financement de 746 millions de livres sterling, adossé à UK Export Finance, l'agence de crédit-export du Royaume-Uni, pour la modernisation des ports d'Apapa et de Tin Can Island. Cette opération est présentée par le ministère comme la première rénovation d'ampleur d'Apapa depuis sa création en 1913. Elle s'ajoute à un programme fédéral de réhabilitation portuaire d'environ 1 milliard de dollars approuvé pour la période 2026-2030. Le corridor ferroviaire à voie standard reliant Apapa à Ibadan, dans l'État d'Oyo, est entré en service en septembre 2023, selon le ministère fédéral des Transports.

Le communiqué publié par la présidence nigériane après la rencontre de Kigali ne fournit ni calendrier, ni ventilation du capex annoncé, ni mention des autorisations obtenues. L'investissement de 600 millions de dollars ne figure pas, à ce stade, dans la commande consolidée de 240 équipements portuaires (portiques ZPMC, RTG hybrides, tracteurs électriques) qu'APM Terminals a passée en 2024 pour cinq de ses terminaux dans le monde : Maasvlakte II aux Pays-Bas, MedPort Tangier au Maroc, Côte d'Ivoire Terminal à Abidjan, Lazaro Cardenas au Mexique et Suape au Brésil. L'empreinte africaine d'APM Terminals s'est par ailleurs recomposée depuis 2022 : retrait des deux terminaux angolais de Sogester (Luanda et Namibe), cession de deux terminaux mauritaniens.

Le terminal de Luanda est désormais exploité par DP World, opérateur portuaire émirati basé à Dubaï, et un second terminal multifonction de la capitale angolaise est exploité par AD Ports Group, opérateur public d'Abu Dhabi, depuis janvier 2024, sous la marque Noatum Ports.

En parallèle, MSC, armateur italo-suisse de la famille Aponte, a racheté en 2022 les activités africaines de Bolloré Africa Logistics, désormais rebaptisées Africa Global Logistics (AGL), pour environ 5,7 milliards d'euros, intégrant 22 concessions portuaires et ferroviaires sur le continent au périmètre d'un concurrent direct de Maersk. Le Nigeria devient ainsi, pour APM Terminals, l'un des derniers verrous ouest-africains où le groupe conserve une concession structurante. La question du renouvellement après 2031 n'a, à la date du 16 mai 2026, fait l'objet d'aucune décision publique annoncée par les autorités nigériennes.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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