L’Afrique consomme, selon plusieurs sources concordantes, plus d’un milliard de doses de vaccins par an, tout en important encore la grande majorité de ses besoins.
La pandémie de Covid-19 a rappelé la dépendance de l’Afrique aux vaccins importés. Depuis, plusieurs projets industriels ont été lancés sur le continent. Mais produire localement ne suffit pas encore à bâtir une filière durable. Qui achètera ces vaccins, en quels volumes et sur quelle durée ?
Africa CDC, l’agence de santé publique de l’Union africaine, et le sud-africain Aspen Pharmacare, discutent d’un cadre de long terme destiné à soutenir la production de vaccins en Afrique. L’objectif visé est non seulement d’augmenter les capacités industrielles, mais de créer des débouchés suffisamment prévisibles pour encourager les investissements.
Un cadre pluriannuel pour sécuriser la demande
Selon les informations publiées cette semaine en marge du sommet Africa Forward au Kenya, Africa CDC et Aspen explorent un mécanisme destiné à mieux coordonner, sur plusieurs années, les besoins africains en vaccins avec les capacités de production développées sur le continent. L’idée est de rendre la demande plus prévisible pour les industriels.
Les discussions portent d’abord sur l’identification de vaccins qui pourraient être produits localement de manière prioritaire. Africa CDC et Aspen envisagent ensuite une montée progressive des volumes, avec des objectifs pouvant atteindre à terme plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de millions de doses par an.
La question des prix fait également partie des échanges. Les deux parties disent vouloir maintenir des approches tarifaires alignées sur les références du marché, alors que plusieurs pays africains restent très dépendants des financements publics et des bailleurs internationaux pour leurs campagnes de vaccination.
Le cadre envisagé inclut aussi des questions comme les modalités d’achat, de financement et de partage des risques. Les deux organisations évoquent la possibilité de s’appuyer sur des plateformes continentales de regroupement de la demande, comme le Mécanisme africain d’achats groupés (APPM). Ce type de dispositif est présenté comme pouvant offrir davantage de visibilité aux fabricants sur les volumes susceptibles d’être achetés, et permettre aux États de mutualiser les commandes et de négocier plus facilement les approvisionnements.
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« Ces échanges avec Aspen représentent une étape importante pour transformer les ambitions africaines en matière de fabrication de vaccins en réalités économiques durables. Africa CDC reste engagé non seulement en faveur de la production locale, mais aussi dans le développement, avec ses partenaires, d’une meilleure visibilité sur la demande, de mécanismes d’approvisionnement durables et d’opportunités de marché viables pour les fabricants africains », a déclaré Jean Kaseya, le directeur général de l’organisation.
Construire des usines ne suffit pas
Ces discussions arrivent alors que l’Afrique consomme, selon plusieurs sources concordantes, plus d’un milliard de doses de vaccins par an, tout en important encore la grande majorité de ses besoins. Depuis la pandémie de Covid-19, le continent cherche à réduire sa dépendance vaccinale. L’Union africaine veut faire passer la part des vaccins produits localement de moins de 1% aujourd’hui à 60% d’ici 2040.
Pour atteindre cet objectif, plusieurs projets ont été lancés ces dernières années. Parmi les exemples récents, la société sud-africaine Biovac a annoncé en avril dernier avoir mobilisé plus de 95 millions d’euros auprès de la Société financière internationale et de la Banque européenne d’investissement pour construire une usine de fabrication de vaccins de bout en bout. Le site, attendu en 2028, doit produire des vaccins contre le choléra, la poliomyélite, la pneumonie et la méningite.
Avant cela, Gavi a lancé l’Accélérateur de la production des vaccins en Afrique, un mécanisme doté de jusqu’à 1,2 milliard USD (environ 1,02 milliard d'euros) sur dix ans. Son objectif est d’aider les fabricants africains à compenser les coûts élevés du démarrage industriel.
Malgré la multiplication de ce type de projets dans plusieurs pays du continent, les industriels doivent encore faire face à une difficulté majeure. Une unité de production vaccinale nécessite des équipements coûteux, des normes sanitaires strictes, du personnel spécialisé et des investissements étalés sur plusieurs années. Sans commandes régulières, certaines capacités risquent de rester sous-utilisées.
Si ces éléments permettent de mieux comprendre les enjeux autour du cadre discuté entre Africa CDC et Aspen, plusieurs questions restent ouvertes. Les deux parties n’ont pas précisé au stade actuel quels vaccins seraient considérés comme prioritaires, ni les volumes qui pourraient être achetés localement à terme. Les modalités de financement, d’achat et de partage des risques doivent également être finalisées.
Reste aussi à savoir jusqu’où les États africains seront prêts à coordonner leurs approvisionnements afin de soutenir durablement une production vaccinale portée par des industriels du continent.