En Afrique du Sud, le sommet du G20 s'annonce sans les Etats-Unis

Rencontre Trump-Ramaphosa dans le Bureau Ovale de la Maison Blanche mercredi 21 mai 2025
© La Présidence, République d'Afrique du Sud

Rencontre Trump-Ramaphosa dans le Bureau Ovale de la Maison Blanche mercredi 21 mai 2025
© La Présidence, République d'Afrique du Sud
Dans un message publié sur son réseau Truth Social vendredi 7 novembre, Donald Trump a déclaré qu’aucun membre de l’administration américaine ne prendrait part au sommet du G20 en Afrique du Sud, une première organisée sur le continent. Le président américain explique cette décision par les « assassinats » et « massacres » dont est victime la minorité afrikaner, issue des premiers colons européens. Selon lui, « ces abus disqualifient » la nation arc-en-ciel, qui ne devrait plus faire partie du G20.
Donald Trump accuse depuis plusieurs mois Pretoria de maltraiter la minorité afrikaner et de procéder à des confiscations de terres dans le cadre de la réforme agraire. Les autorités sud-africaines ont rejeté ces allégations, les qualifiant d’infondées. Le président Cyril Ramaphosa a reconnu une hausse de la criminalité dans certaines zones rurales, tout en réaffirmant que la justice s’applique à tous les citoyens sans distinction. Il a également tenté de recentrer la discussion sur la coopération économique, évoquant la possibilité d’un appui américain pour renforcer les capacités de sécurité du pays.
Ce retrait du sommet du G20 prolonge une série de différends qui s’accumulent depuis plusieurs mois. Les États-Unis avaient déjà refusé d’envoyer leurs représentants aux réunions préparatoires du G20 en février, lorsqu’un boycott de Marco Rubio, secrétaire d’État, et de Scott Bessent, secrétaire au Trésor, avait été observé. Donald Trump, qui avait initialement prévu d’être représenté par son vice-président J. D. Vance, a finalement annoncé un retrait complet.
Sur le plan économique, cette décision s’inscrit dans une relation bilatérale déjà dégradée. Depuis août, Washington a imposé des droits de douane de 30% sur les exportations sud-africaines. Or, les Etats-Unis sont le deuxième partenaire commercial de l’Afrique du Sud avec 17,64 milliards USD d’échanges bilatéraux en 2023. Pretoria y a répondu en mobilisant des aides aux exportateurs, en lançant un programme de soutien à la production locale et en dépêchant des émissaires aux États-Unis pour tenter d’obtenir un allègement de ces mesures.
Les secteurs automobile et agricole, piliers des exportations sud-africaines vers les États-Unis, sont particulièrement affectés. Selon la South African Reserve Bank, ces nouveaux tarifs pourraient coûter environ 100 000 emplois, tandis que les ventes de véhicules vers le marché américain ont déjà chuté de 73% au premier semestre 2025, d’après l’Association nationale des constructeurs automobiles (Naamsa). Les filières agricoles, notamment les agrumes, les raisins de table et le vin, sont elles aussi exposées.
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Malgré ces difficultés, le gouvernement sud-africain entend poursuivre le dialogue dans le cadre de l’accord-cadre soumis en mai 2025, tout en accélérant sa stratégie de diversification vers d’autres marchés. Pretoria mise sur la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) et de nouveaux accords avec l’Union européenne, le Japon, la Chine et la Thaïlande pour limiter sa dépendance aux États-Unis.
L’absence des Etats-Unis, membre fondateur du G20, pose un défi majeur à la portée diplomatique du sommet sud-africain, prévu les 22 et 23 novembre prochains. Sous le thème de la « revitalisation du multilatéralisme », la présidence sud-africaine souhaite recentrer les débats sur la soutenabilité de la dette, la transition énergétique et la résilience climatique. Pretoria ambitionne également de consolider le rôle du continent dans la gouvernance mondiale, à un moment où l’Union africaine participe pour la première fois comme membre permanent du G20.
Parmi les dossiers à suivre figure le fonctionnement du Cadre commun du G20 pour le traitement de la dette, mis en place en 2020 pour coordonner les restructurations entre créanciers publics et privés. Selon une analyse publiée fin octobre par ONE Campaign, les quatre pays africains ayant eu recours à ce mécanisme – la Zambie, le Ghana, le Tchad et l’Éthiopie – n’ont obtenu qu’un allègement global équivalant à environ 7% de leur dette extérieure.
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