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Comment la Côte d’Ivoire compte mobiliser plus de 175 milliards d'euros pour financer son développement d’ici 2030

Photo de Moutiou Adjibi Nourou

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Publié le 09 février 2026 à 13:30

Selon le Prosperity Index, la Côte d’Ivoire est le pays qui a le plus accru sa prospérité dans le monde entre 2011 et 2021.

Selon le Prosperity Index, la Côte d’Ivoire est le pays qui a le plus accru sa prospérité dans le monde entre 2011 et 2021.

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Début février, la Côte d’Ivoire a adopté en Conseil des ministres une communication relative à son nouveau plan de développement pour la période 2026-2030. Celui-ci succède au PND 2021-2025, dont le taux d’exécution à la fin 2024 était de 77,1%.

Avec le lancement du Plan national de développement (PND) 2026-2030, la Côte d’Ivoire s’engage dans une trajectoire de financement ambitieuse, destinée à renforcer son développement structurel. Sur cinq ans, Abidjan veut mobiliser 114 838,5 milliards de FCFA, soit plus de 175 milliards d'euros, un montant sans précédent dans son histoire récente de planification financière. Si ce volume impressionne, il s’inscrit dans la continuité d’un précédent plan qui, bien que loué pour ses performances macroéconomiques, montre les défis concrets auxquels est confronté un pays en quête d’un modèle de croissance plus inclusif et durable.

Le PND 2021-2025, dont l’objectif était de propulser l’économie ivoirienne vers une croissance annuelle moyenne supérieure à 7%, a servi de tremplin. Il était calibré autour d’un investissement global de près de 59 000 milliards de FCFA, soit environ 90 milliards d'euros, avec une participation du secteur privé représentant environ trois-quarts du total attendu. Ce plan a contribué à une croissance économique robuste, bien que légèrement en deçà des projections initiales avec une moyenne proche de 6,5%, selon les chiffres du Fonds monétaire international (FMI).

Ce bilan offre un premier enseignement crucial pour aborder le nouveau PND : si la Côte d’Ivoire a démontré sa capacité à attirer des capitaux et soutenir une croissance soutenue, la mobilisation de financements à grande échelle reste un exercice exigeant, qui dépend tout autant de la performance économique réelle que de la perception du risque par les investisseurs internationaux.

Renforcer la crédibilité auprès des marchés

Dans ce contexte, le profil de risque crédit du pays joue un rôle central. Ce profil est une composante essentielle dans l’accès aux financements externes, notamment par l’émission de titres de dette souveraine ou la levée de ressources auprès de bailleurs de fonds multilatéraux. En 2025, plusieurs agences internationales ont confirmé ou relevé la note souveraine de la Côte d’Ivoire, illustrant une meilleure perception de la stabilité macroéconomique du pays et de sa capacité à honorer ses engagements.

L’agence Fitch Ratings a notamment relevé la note souveraine à BB avec perspective stable, soulignant que le pays a dépassé certaines inquiétudes politiques et affiché une solide gestion économique, avec une croissance robuste et des indicateurs fiscaux en amélioration. De son côté, S&P Global Ratings a maintenu sa note en catégorie BB/B avec perspective stable, reflétant un équilibre entre la crédibilité macroéconomique et les défis structurels persistants. Enfin, Moody’s a attribué à la Côte d’Ivoire une note Ba2 stable, soulignant la résilience de la croissance et la solidité des fondamentaux économiques, malgré les vulnérabilités externes.

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Cette ancre de crédibilité est précieuse, car elle se traduit concrètement par une meilleure accessibilité des marchés de capitaux internationaux et par des coûts d’emprunt potentiellement plus favorables. Dans le contexte du PND 2026-2030, elle devient un levier stratégique pour attirer des investisseurs privés nationaux et étrangers, et pour rassurer les partenaires de financement.

L’équation du financement : entre privé, public et partenaires

Le PND 2026-2030 repose sur une architecture de financement très marquée par le rôle du privé : selon le communiqué gouvernemental, 70,2% des investissements projetés doivent provenir de ce secteur, contre 29,8% du secteur public. Cette orientation traduit une volonté assumée de l’État de fonctionner davantage comme catalyseur de ressources plutôt que comme le principal bailleur de fonds direct. Cette stratégie est cohérente avec l’expérience du plan précédent, mais elle amplifie les attentes à l’égard du secteur privé pour des investissements massifs en infrastructures, en transformation structurelle et en innovation.

Pour sa part, l’investissement public demeurera significatif, notamment pour cofinancer des projets à impact social ou structurant, et pour répondre au besoin affiché de 38 000 milliards de FCFA (environ 58 milliards d'euros) en financements publics. Ces ressources devront être mobilisées tant sur les marchés financiers – par émissions de titres publics – que via la concertation avec les bailleurs de fonds internationaux lors du prochain Groupe consultatif, un mécanisme de mobilisation de financement extérieur.

La dynamique du profil de risque crédit intervient ici à deux niveaux : elle influence d’une part le coût et l’appétit des investisseurs internationaux pour la dette souveraine ivoirienne, et d’autre part la perception globale des risques économiques et politiques dans lesquels s’insèrent les projets du PND. C’est cette double logique, de crédibilité institutionnelle et de performance économique, qui devra être renforcée pour transformer les ambitions chiffrées du nouveau PND en financements réellement disponibles.

Une stabilité rassurante pour les investisseurs

En attendant d’entrer pleinement dans la mise en œuvre de son nouveau PND, la nation éburnéenne peut se targuer d’être l’une des plus stables dans une sous-région marquée ces dernières années par les coups d’État militaires et les crises sécuritaires. Le pays sort d’une élection présidentielle qui, malgré des tensions liées au quatrième mandat du président Alassane Ouattara, s’est globalement déroulée dans le calme, ce qui représente un signal positif pour les investisseurs.

Autre signal positif, le pays déploie depuis quelques années une série de réformes soutenues par le FMI, pour renforcer la stabilité macroéconomique, la transparence des entreprises publiques, et lutter contre le blanchiment d’argent. Le Fonds indique que l’économie du premier producteur mondial de cacao « reste résiliente malgré l'incertitude mondiale persistante ». Cette dynamique est en cours depuis 2011, année où a pris fin la crise post-électorale la plus meurtrière de l'histoire pays. Selon le Prosperity Index, la Côte d’Ivoire est ainsi, entre 2011 et 2021, le pays qui a le plus accru sa prospérité dans le monde.

Seul bémol, cette prospérité a encore du mal à être partagée jusqu’aux couches les plus vulnérables, avec un taux de pauvreté qui s’affichait encore à 37,5% en 2021. Un défi que souhaitent relever les autorités ivoiriennes d’ici les 4 prochaines années.

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

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