Après une année 2024 marquée par le repli, TotalEnergies enregistre une reprise de ses ventes de produits raffinés sur le continent africain. Cette embellie, encore timide, intervient dans un environnement instable où la concurrence, la volatilité des marchés et la fragilité de la demande pèsent sur les perspectives.
Le groupe énergétique français a bouclé les neuf premiers mois de 2025 avec des ventes en hausse de 4% en Afrique par rapport à la même période de 2024, qui affichait une baisse de 8% sur l’ensemble de l’année 2023. Au total, TotalEnergies a vendu en moyenne 600 000 barils de produits raffinés par jour sur le continent, contre 578 000 à fin septembre 2024.
Une amélioration en apparence solide, mais qui masque une réalité plus contrastée : les ventes quotidiennes moyennes ont reculé de 8% par rapport au trimestre clos en juin 2025. Le signe, selon plusieurs observateurs, que la tendance reste fragile sur un continent où les équilibres énergétiques sont en rapide recomposition.
Un marché africain en mouvement, entre reprise et turbulences
Si TotalEnergies n’a pas abondamment commenté la situation de son segment africain, les données disponibles révèlent des trajectoires nationales divergentes. Au Nigeria, premier marché du continent par sa taille et sa demande potentielle, le chiffre d’affaires en nairas a reculé de 26% sur les neuf premiers mois de 2025, pour s’établir à 587,57 milliards de nairas.
Ce repli, malgré un niveau de prix élevé des produits pétroliers, traduit une baisse des volumes écoulés. L’entrée en production de la raffinerie géante de Dangote, capable de livrer jusqu’à 600 000 barils par jour, bouleverse en effet le paysage concurrentiel et réduit les opportunités des distributeurs traditionnels, dans un contexte de consommation intérieure en repli.
Au Maroc, les chiffres du troisième trimestre ne sont pas encore connus. Mais ceux du premier semestre indiquent une baisse de 10,4% des ventes, à 360 millions de dirhams marocains. Dans un communiqué du 3 septembre 2025, TotalEnergies Marketing Maroc a expliqué que ces résultats étaient « en ligne avec les prévisions dans un environnement favorable, mais moins porteur que celui du premier semestre 2024 ».
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
En Côte d’Ivoire, où TotalEnergies détient 72,99% du capital de sa filiale locale, la valeur des ventes a diminué de 5,6% sur les neuf premiers mois de 2025, pour atteindre 438,24 milliards de FCFA. Le groupe attribue cette contre-performance à l’absence d’opérations exceptionnelles enregistrées en 2024 et à la baisse des prix à la pompe intervenue à deux reprises cette année, pour un total de 45 FCFA de réduction par litre.
Si plusieurs marchés montrent des signes d’essoufflement, d’autres confirment la résilience du modèle africain de TotalEnergies. Le Ghana, par exemple, enregistre une stabilité quasi parfaite de ses ventes, à 3,6 milliards de cedis à fin juin 2025. Cette performance témoigne de la solidité des réseaux de distribution et de la fidélité de la clientèle sur certains marchés matures.
Mais la situation globale reste mouvante. Entre ralentissement conjoncturel, pression concurrentielle accrue et mutation énergétique en cours, le groupe doit arbitrer entre la consolidation et une expansion prudente.
Consolider les positions de leader
Face à ces défis, la direction du groupe adopte une approche sélective : se concentrer sur les zones géographiques où elle domine déjà le marché.
Dans cette optique, l’Afrique demeure donc une priorité stratégique pour TotalEnergies, qui y voit un marché d’avenir, même si la croissance y sera désormais moins linéaire et davantage tributaire des équilibres politiques et logistiques locaux.
L’arrivée de nouveaux acteurs, comme la raffinerie de Dangote, illustre la transformation du paysage énergétique africain. D’autres pays, du Sénégal à l’Angola, misent aussi sur la relance de leurs raffineries nationales pour réduire les importations et renforcer leur souveraineté énergétique.
Cette dynamique, bien que porteuse de valeurs locales, pourrait resserrer l’espace de manœuvre des grands groupes internationaux. TotalEnergies devra ainsi ajuster son modèle, en misant davantage sur la qualité de son réseau, sa logistique intégrée et sa capacité à se diversifier dans les énergies électriques et renouvelables.
Du pétrole à l’énergie : un virage assumé
Le groupe poursuit en parallèle sa démarche énergétique. Il se positionne désormais comme un fournisseur d’énergie mondial, et non plus seulement comme un distributeur de produits pétroliers. En Afrique, TotalEnergies a porté à 700 mégawatts la capacité de production de son parc électrique en développement, soit sept fois plus qu’en 2024.
L’entreprise mise aussi sur le solaire, un secteur où elle a bâti une expertise reconnue. Selon les données de l’African Energy Tracker, les projets solaires annoncés sur le continent atteignent une capacité installée potentielle de 150 000 gigawatts, et TotalEnergies entend y prendre sa part, en accompagnant les ambitions énergétiques africaines.
Entre reprise et fragilité, TotalEnergies navigue dans un environnement africain en pleine mutation. Le groupe affiche une volonté claire : maintenir son ancrage historique, tout en adaptant son modèle à l’évolution de la demande et aux impératifs de la transition énergétique.
Si la croissance des ventes sur les neuf premiers mois de 2025 apporte un signal positif, les disparités entre les marchés rappellent que le redressement reste fragile. L’Afrique demeure pourtant, selon la direction du groupe, un pilier stratégique et un levier de création de valeur durable.