La poursuite de la collaboration permet à Nokia de continuer à fournir des équipements essentiels pour les réseaux 5G de Vodafone en Europe et en Afrique.
Le partenariat technologique entre Nokia et Vodafone, renouvelé, est plus qu'un simple accord commercial, cette alliance contribue à maintenir la position de l'Europe sur le continent africain, dans un contexte de forte compétition mondiale sur les équipements de télécommunications. Face aux géants chinois qui dominent le marché avec des prix très compétitifs, les acteurs européens mettent en avant l'efficacité et la sécurité de leurs solutions.
Officialisée mi-octobre, cette poursuite de la collaboration permet à Nokia de continuer à fournir des équipements essentiels pour les réseaux 5G de Vodafone en Europe et en Afrique. Le partenariat s'inscrit en effet dans un programme de modernisation des réseaux 4G et 5G lancé en 2020, et où l'une des améliorations clés apportées par le fabricant finlandais est une technologie qui réduit selon lui la consommation d'électricité.
Cela constitue un atout, particulièrement dans des régions comme l'Afrique où les coupures de courant électrique sont fréquentes et contraignent les opérateurs à recourir à des générateurs coûteux. De plus, Nokia s’est engagé à mettre à disposition un système avancé permettant d'anticiper les pannes et d'automatiser la maintenance, réduisant ainsi le besoin d'interventions humaines et assurant un service plus stable aux utilisateurs.
« Les réseaux d’aujourd’hui doivent atteindre de nouveaux niveaux de performance, de confiance et de résilience. Nous sommes ravis de prolonger notre partenariat avec Vodafone, Vodacom et leurs filiales afin de construire des réseaux 5G autonomes, durables et prêts à l’avenir, à travers l’Europe et l’Afrique. Cet accord souligne la solidité de nos solutions de connectivité parmi les plus avancées du secteur, qui aident nos clients à anticiper les besoins de demain à mesure que le supercycle de l’intelligence artificielle s’accélère », a fait savoir Mark Atkinson, responsable de la division RAN chez Nokia.
Toutefois, derrière cette déclaration politiquement correcte, cet accord met en lumière une concurrence constante et croissante sur le marché africain des télécommunications. D'un côté, les fournisseurs européens comme Nokia et Ericsson sont réputés pour leur sécurité et leur fiabilité, mais leurs solutions sont souvent plus chères.
De l'autre, les géants chinois comme Huawei et ZTE proposent des équipements à des prix très compétitifs, souvent accompagnés de solutions de financement avantageuses. Face à ce choix, plusieurs opérateurs actifs en Afrique adoptent une stratégie mixte, utilisant des équipements chinois pour étendre rapidement leur couverture réseau, et des technologies européennes pour les parties les plus critiques de leur infrastructure.
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Des fournisseurs européens bien positionnés sur le haut de gamme
Cette compétition se reflète dans les parts de marché. Selon les données du cabinet Dell’Oro Group pour le deuxième trimestre 2025, le marché mondial du RAN 5G hors Chine reste dominé par Huawei (21%), suivi de Nokia (17%), d’Ericsson (16%) et de ZTE (8%). Ce classement, stable depuis trois ans, illustre la relative stagnation du secteur malgré la montée des restrictions américaines et les initiatives européennes de diversification.
En Afrique, plusieurs indications révèlent que le constructeur chinois Huawei domine largement le marché des équipements de réseau, grâce à ses offres attractives. Nokia se situerait en deuxième position. L'accord renouvelé avec Vodafone devrait lui permettre de se maintenir, voire de se renforcer dans les années à venir, en lui donnant l’occasion de gagner du terrain en droite ligne avec l’évolution de Vodacom.
Aussi, des baisses de régime sur des marchés comme le Cameroun, où l’entreprise a légèrement perdu du terrain selon des sources locales, peuvent être compensées par de nouveaux contrats comme celui en Afrique du Sud, avec une société dénommée Fibertime. Ericsson reste également un acteur important, se concentrant sur des projets spécifiques tels que les réseaux urbains ou alimentés par l'énergie solaire.
Les performances financières des entreprises permettent également de mesurer les forces en présence. Fin 2024, Huawei a revendiqué un chiffre d’affaires global de 19 milliards d’euros dans la zone couvrant l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, contre 8 milliards d’euros pour Nokia. Sur les 9 premiers mois de l’année 2025, les 1,5 milliard d’euros déclarés par Ericsson sur les mêmes zones géographiques ne laissent pas penser que l’entreprise fera mieux que les deux autres.
Un enjeu de souveraineté
Depuis 2018, la technologie 5G est devenue le nouvel enjeu de souveraineté technologique pour les pays. Les États-Unis et l'Europe ont exprimé des préoccupations en matière de sécurité quant aux équipements chinois, tandis que la Chine étend son influence à travers son initiative dite "Route de la Soie numérique", un vaste projet d'investissement dans les infrastructures africaines.
Cette situation place l'Afrique à la croisée des chemins, avec la possibilité d’y voir le business de l’internet arbitrer en permanence entre deux modèles distincts : un modèle occidental plus sécurisé, mais plus cher, et un modèle chinois plus abordable, mais soulevant des questions sur la protection des données.
Le continent africain ne se contente cependant pas d'être un simple spectateur de cette rivalité. Plusieurs pays comme le Rwanda et le Kenya explorent des solutions pour devenir plus indépendants, en encourageant la production locale d'équipements ou en adoptant des technologies ouvertes qui ne les lient pas à un seul fournisseur. L'Union africaine soutient cette vision en encourageant la création de centres technologiques régionaux.
Si ces efforts portent leurs fruits, l'Afrique pourrait passer du statut de terrain de compétition à celui d'acteur innovant, capable de définir sa propre souveraineté numérique. La question reste de savoir quel sera le partenaire le mieux à même d’accompagner cette ambition.