Kenya : l’opposition de Greenpeace replace le risque ESG au centre de la raffinerie Dangote
Olivier de Souza Agence Ecofin

Aliko Dangote, fondateur du groupe Dangote.
Photo DR
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Aliko Dangote, fondateur du groupe Dangote.
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Dans une déclaration publiée le 14 juillet, Greenpeace Africa a appelé le gouvernement kényan à suspendre le processus d’approbation de la raffinerie que le groupe Dangote prévoit de construire à Lamu. L’organisation demande la réalisation d’une étude d’impact environnemental et social indépendante, rendue publique et soumise à consultation des communautés concernées.
Elle estime que le projet pourrait affecter l’un des écosystèmes côtiers les plus sensibles d’Afrique de l’Est, notamment les mangroves, les récifs coralliens et les herbiers marins de Lamu. Ces milieux jouent un rôle majeur dans la protection du littoral, la préservation de la biodiversité et le maintien des activités économiques locales, en particulier la pêche.
Greenpeace conteste également l’argument économique avancé par les promoteurs, estimant que les emplois attendus (plus de 60 000) ne doivent pas occulter les risques qui pèsent sur les communautés dépendantes des ressources naturelles de la région.
Cette opposition intervient quelques jours après la confirmation par le président William Ruto de l’implantation de la raffinerie Dangote à Lamu. Le chef de l’État kényan présente le projet comme une infrastructure stratégique pour renforcer l’approvisionnement énergétique du pays et soutenir l’emploi.
Dotée d’une capacité prévue de 700 000 barils par jour pour un investissement estimé à environ 17 milliards de dollars (15 milliards d'euros), la future installation ambitionne de devenir la plus grande raffinerie d’Afrique de l’Est. Elle doit contribuer à réduire la dépendance du Kenya et des pays voisins aux importations de produits pétroliers raffinés.
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La situation rappelle le parcours du projet EACOP, le pipeline destiné à transporter le pétrole ougandais du bassin du lac Albert jusqu’au port tanzanien de Tanga. Depuis son lancement, cette infrastructure a été confrontée à une mobilisation d’organisations environnementales dénonçant ses impacts sociaux et climatiques.
La contestation a progressivement atteint le terrain financier, plusieurs grandes banques internationales ayant annoncé leur retrait du financement du projet, parmi lesquelles BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Barclays, Crédit Suisse et ANZ.
EACOP a néanmoins poursuivi son développement avec l’appui d’autres partenaires, notamment africains et chinois. Mais cette séquence a illustré une évolution importante : une controverse environnementale peut modifier les conditions d’accès au capital d’un projet énergétique, même lorsqu’il revêt un intérêt stratégique pour les pays concernés.
Pour la raffinerie Dangote, le risque ESG dépasse donc la seule dimension environnementale. Une pression accrue autour du projet pourrait se traduire par des exigences supplémentaires, des délais plus longs ou une perception plus prudente de la part des investisseurs et partenaires financiers.
Le cas de Lamu illustre une transformation plus large du secteur énergétique africain. La réussite d’un grand projet ne repose plus uniquement sur la disponibilité des ressources, la faisabilité technique et la mobilisation des capitaux. Elle dépend également de sa capacité à répondre aux attentes environnementales et sociales qui entourent son développement.
Au Kenya, les critiques ne portent pas seulement sur l’impact écologique de la raffinerie. Des acteurs de la société civile réclament davantage de transparence et une implication accrue des populations locales dans le processus décisionnel. Certains ont déjà évoqué la possibilité de recours judiciaires si les exigences de consultation publique n’étaient pas respectées.
Le précédent du corridor LAPSSET rappelle l’importance de ces enjeux. En 2018, la Haute Cour kényane avait estimé que certaines procédures liées à ce vaste programme d’infrastructures n’avaient pas respecté les exigences de consultation publique.
Dans l’Afrique pétrolière actuelle, un projet ne doit plus seulement démontrer qu’il est techniquement réalisable et économiquement rentable. Il doit aussi démontrer qu’il peut mobiliser des capitaux, obtenir l’adhésion des communautés concernées et répondre aux exigences environnementales qui conditionnent désormais la réussite des grands investissements énergétiques.
Olivier de Souza Agence Ecofin