La transition énergétique mondiale stimule les investissements dans les molécules bas carbone, avec une compétition croissante entre pays pour structurer de nouvelles chaînes industrielles d’exportation.
En Afrique du Sud, le projet d’ammoniac vert de Coega franchit une étape majeure avec la sélection du groupe danois Topsoe, dans le cadre d’un contrat estimé à environ 1 milliard de dollars (862 millions d’euros). Celui-ci porte sur la fourniture d’électrolyseurs et de systèmes de synthèse d’ammoniac au cœur de la chaîne de production d’ammoniac vert.
Pour les développeurs, ces solutions doivent contribuer à optimiser les coûts d’investissement liés aux infrastructures renouvelables et à réduire les dépenses en capital, un enjeu clé pour améliorer la compétitivité du projet.
Porté par le britannique Hive Energy et le sud-africain BuiltAfrica, le projet de Coega représente un investissement global estimé à 5,8 milliards de dollars (5 milliards d’euros). Il ambitionne de produire jusqu’à un million de tonnes d’ammoniac vert par an d’ici 2030, principalement destinées à l’exportation vers l’Europe et l’Asie, où la demande en molécules décarbonées est en forte croissance.
Un projet industriel intégré à grande échelle
L’ammoniac vert produit à Coega sera issu d’un processus combinant hydrogène et azote. L’hydrogène est obtenu par électrolyse de l’eau alimentée par des sources renouvelables, principalement solaire et éolien. Le produit final sera utilisé dans la fabrication d’engrais et dans l’industrie chimique, ce qui en fait un vecteur stratégique de décarbonation pour plusieurs secteurs industriels.
L’architecture du projet repose sur une infrastructure énergétique de grande ampleur. Elle comprend 1 430 MW de capacité solaire répartis sur neuf sites et 1 879 MW d’éolien. Le dispositif est complété par des unités de dessalement, des installations de stockage, ainsi qu’un pipeline de 7 km reliant les différentes unités industrielles au port de Ngqura.
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L’infrastructure portuaire en eaux profondes joue un rôle central dans la stratégie d’exportation. Elle doit permettre l’acheminement de l’ammoniac vers les marchés internationaux, principalement européens et asiatiques, où les besoins en engrais et en intrants industriels bas carbone sont en croissance structurelle.
Une compétition continentale autour de l’ammoniac vert
Le projet sud-africain s’inscrit dans un environnement continental marqué par une intensification des investissements dans l’hydrogène et ses dérivés. Le Maroc, la Namibie et l’Égypte développent également des projets d’ammoniac vert à grande échelle, avec des ambitions tournées vers les mêmes marchés d’exportation.
Dans ce contexte, l’Afrique du Sud mise sur une stratégie de compétitivité fondée sur les coûts et les infrastructures existantes. Le projet Coega vise un coût de production d’environ 650 dollars (561 euros) la tonne, inférieur aux niveaux internationaux estimés autour de 760 dollars (656 euros). Cet écart repose notamment sur l’utilisation d’un site portuaire déjà structuré, la disponibilité d’une usine de dessalement opérationnelle et une intégration industrielle avancée.
Considéré par les autorités sud-africaines comme un projet stratégique, le projet bénéficie également d’un soutien public à travers le fonds SA-H2, dédié au développement de l’hydrogène vert et de ses dérivés.
Un projet déjà engagé dans sa phase de développement
Le projet est désormais entré dans sa phase finale de développement. Le lancement du Front End Engineering Design (FEED) est prévu au troisième trimestre 2026, tandis que la décision finale d’investissement est attendue au troisième trimestre 2027.
Le groupe danois Topsoe n’intervient pas en terrain inconnu. Il est déjà présent en Afrique du Sud dans des projets liés à la décarbonation industrielle, notamment dans les carburants durables en partenariat avec des acteurs locaux. Sa participation à Coega s’inscrit donc dans une continuité technologique et industrielle déjà établie dans le pays.
À terme, le projet ambitionne de positionner l’Afrique du Sud comme l’un des premiers exportateurs mondiaux d’ammoniac vert à grande échelle, à partir de 2030.