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Pétrole : La Chine projette d'investir 1 milliard de dollars au Niger

Olivier de Souza, Agence Ecofin

Publié le 21 mai 2026 à 07:01

Les accords pétroliers signés le lundi 18 mai 2026 à Niamey redéfinissent le partenariat entre le Niger et les entreprises chinoises du secteur.

Les accords pétroliers signés le lundi 18 mai 2026 à Niamey redéfinissent le partenariat entre le Niger et les entreprises chinoises du secteur.

Photo DR

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

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Après une année de tensions marquée par des expulsions de responsables chinois et une remise en cause des conditions d’exploitation pétrolière, le Niger et la Chine ont acté un retour au dialogue stratégique dans le secteur des hydrocarbures.

Niamey et Pékin ont signé un ensemble d’accords qui prévoient un investissement d’un milliard de dollars, soit près de 862 millions d’euros destiné à réactiver deux projets pétroliers majeurs et à soutenir une hausse significative de la production nationale. Ce rapprochement intervient dans un contexte où les autorités nigériennes cherchent à renforcer leur contrôle sur les ressources stratégiques tout en sécurisant les revenus d’un secteur central pour les finances publiques.

Un partenariat relancé après des tensions et des négociations

Les accords signés à Niamey le 18 mai dernier portent principalement sur les projets Dinga Deep et Abolo-Yogou, dont le redémarrage doit permettre d’augmenter la production de 110 000 à 145 000 barils par jour d’ici fin 2029, soit une progression de 31,8%. Ils s’inscrivent dans la continuité d’un partenariat pétrolier entre le Niger et la Chine, engagé depuis 2011, qui a vu Pékin devenir l’acteur industriel dominant du secteur à travers ses investissements dans les champs pétroliers d’Agadem, la raffinerie de SORAZ et surtout le pipeline d’exportation reliant le Niger au port béninois de Sèmè-Podji.

Ce retour à la coopération intervient après une phase de crispation ouverte en 2024 et accentuées en 2025 entre les autorités nigériennes et les opérateurs chinois du secteur pétrolier, notamment la China National Petroleum Corporation (CNPC). Niamey a alors dénoncé plusieurs manquements présumés à la réglementation nationale, en particulier le non-respect des dispositions sur le contenu local, les écarts de rémunération entre travailleurs expatriés et nigériens, ainsi que certaines pratiques de gestion des ressources humaines. Cette séquence avait conduit à l’expulsion de plusieurs responsables et travailleurs expatriés, traduisant une volonté affirmée de reprise en main du secteur dans le cadre de la ligne souverainiste adoptée après le coup d’État de juillet 2023.

Mais malgré ce durcissement, les discussions n’ont jamais été totalement rompues et ont été formellement rouvertes en juin 2025 en Chine, ouvrant une phase de négociation technique qui a abouti aux accords actuels.

Un rééquilibrage progressif 

Au-delà de la relance des investissements productifs, le compromis trouvé entre Niamey et Pékin repose sur plusieurs avancées économiques et institutionnelles significatives pour l’État nigérien. Le premier levier concerne les coûts d’exportation du brut via le pipeline, dont le tarif de transport est réduit de 27 à 15 dollars (23,2 à 12,9 euros) par baril, ce qui représente une économie estimée à plus de 106 millions de dollars (91 millions d’euros) par an pour le pays.

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Dans le même temps, l’État obtient une participation de 45% dans la West African Oil Pipeline Company (WAPCO), filiale de la CNPC, qui gère cette infrastructure stratégique. Jusqu’ici absent du capital, Niamey accède ainsi à un levier direct de gouvernance sur un actif clé de la chaîne d’exportation.

Le troisième volet des accords concerne le contenu local et l’emploi. Les autorités annoncent la création d’environ 450 postes supplémentaires pour des Nigériens d’ici 2030, un renforcement de la sous-traitance au profit des entreprises locales, ainsi qu’une harmonisation progressive des conditions salariales entre expatriés et nationaux.

Dans les faits, ce rééquilibrage s’inscrit toutefois dans une relation structurellement asymétrique. Le Niger reste dépendant d’un dispositif industriel intégré, contrôlé en grande partie par des acteurs chinois, de l’extraction jusqu’à l’exportation, en passant par les infrastructures de transport et de raffinage. Les investissements déjà réalisés, estimés à plusieurs milliards de dollars, ainsi que la complexité technologique des installations, limitent la capacité de rupture de Niamey, malgré ses ambitions de souveraineté économique.

Un compromis pragmatique 

Le compromis trouvé apparaît donc comme un ajustement plus qu’une recomposition du rapport de force. Le Niger obtient des gains tangibles en matière de revenus, de participation et d’emploi local, tout en sécurisant la continuité d’un flux pétrolier indispensable à ses finances publiques.

La Chine, de son côté, conserve son rôle central dans l’architecture technique et industrielle du secteur, garantissant la stabilité de ses actifs et de ses approvisionnements.

À moyen terme, la montée en production attendue d’ici 2029 pourrait accentuer le poids du pétrole dans l’économie nigérienne et consolider les recettes de l’État.

Olivier de Souza, Agence Ecofin

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