« Je suis Jerome » : les banques centrales du monde entier soutiennent Powell face à Trump
latribune.fr
Dans un communiqué commun, les dirigeants de la Banque centrale européenne (BCE), de la Banque d'Angleterre (BoE) et de neuf autres institutions monétaires affirment leur soutien à Jerome Powell.
Les soutiens au patron de la Fed se multiplient aux États-Unis comme à l’international, des grandes banques centrales mondiales aux responsables politiques et économiques américains.
La contestation des pressions exercées sur la Réserve fédérale américaine (Fed) a pris une dimension internationale. Mardi, les responsables des principales banques centrales mondiales ont affiché un soutien sans ambiguïté à Jerome Powell, président de la Fed, visé par une procédure judiciaire initiée par le ministère américain de la Justice sous l’administration Trump.
Dans un communiqué commun, les dirigeants de la Banque centrale européenne (BCE), de la Banque d’Angleterre (BoE) et de neuf autres institutions monétaires affirment leur soutien. « Nous sommes pleinement solidaires de la Réserve fédérale et de son président Jerome H. Powell », affirment notamment les banquiers centraux de Suède, du Danemark, de la Suisse, de l'Australie et de la Corée du Sud, ainsi que deux dirigeants de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), parmi lesquels le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Ils rappellent un principe fondamental du fonctionnement des économies modernes : « L’indépendance des banques centrales est un pilier de la stabilité des prix, financière et économique dans l’intérêt des citoyens que nous servons ».
Mobilisation politique et économique aux États-Unis
Cette prise de position internationale fait écho à une vague de soutiens exprimés dès lundi aux États-Unis, où des personnalités de tous horizons politiques et économiques ont dénoncé ce qu’elles considèrent comme une tentative inédite de déstabilisation de l’institution monétaire.
En rendant publique dimanche soir l’existence d’une procédure à son encontre, Jerome Powell a déclenché une réaction immédiate. Ses prédécesseurs à la tête de la Fed ont fustigé une instrumentalisation de la justice « sans précédent » visant à « saper l’indépendance » de la banque centrale. Dans un communiqué commun, Alan Greenspan, Ben Bernanke et Janet Yellen ont estimé qu’une telle démarche « n’a pas sa place aux Etats-Unis ».
Les avertissements portent aussi sur les conséquences économiques potentielles. John Williams, président de la Fed de New York, a rappelé que « l’histoire nous montre que quand des tentatives indues de peser sur la politique monétaire parviennent à leurs fins, cela conduit souvent à des résultats très regrettables, notamment une instabilité économique et une inflation élevée ». De son côté, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a qualifié Jerome Powell de « modèle d’intégrité ».
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Fronde républicaine et incertitudes institutionnelles
Fait notable, des élus républicains ont également pris leurs distances avec la Maison Blanche. La sénatrice de l’Alaska Lisa Murkowski a averti sur le réseau X : « Les enjeux sont trop élevés pour fermer les yeux : si la Réserve fédérale perd son indépendance, la stabilité de nos marchés et de l’économie dans son ensemble en souffrira ». Avec le sénateur Thom Tillis, elle a annoncé qu’elle refuserait de valider toute nomination de Donald Trump à la tête de la Fed tant que la situation resterait inchangée.
Le président américain peut en effet désigner à tout moment le successeur de Jerome Powell, dont le mandat s’achève en mai. Donald Trump a cité son conseiller économique Kevin Hassett comme favori, tout en entretenant le suspense. Il souhaite une « colombe » assumée, prête à réduire les taux d’intérêt sans se montrer trop exigeante sur la maîtrise de l’inflation.