Souveraineté financière : l’euro numérique obtient le feu vert du Parlement européen
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Au-delà de la protection de la vie privée, l'euro numérique a également une dimension stratégique.
/FW1/Alexandra Hudson - REUTERS - LAURA HASANI
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Au-delà de la protection de la vie privée, l'euro numérique a également une dimension stratégique.
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Les députés européens ont marqué mardi leur soutien de principe à l’euro numérique, version électronique de la monnaie unique que la Banque centrale européenne (BCE) envisage de mettre en circulation d’ici la fin de la décennie. Cette initiative vise à renforcer la souveraineté européenne dans le domaine des paiements, aujourd’hui largement dominé par des acteurs américains tels que Visa et Mastercard.
À l’occasion de l’examen du rapport annuel de la BCE, le Parlement européen, réuni cette semaine à Strasbourg, a adopté deux amendements favorables au projet. L’un de ces textes précise que « l’introduction d’un euro numérique (...) est essentielle pour renforcer la souveraineté monétaire de l’UE, réduire la fragmentation des moyens de paiement et soutenir l’intégrité et la résilience du marché unique ». L’amendement a été adopté à une large majorité, avec 438 voix pour et 158 contre, traduisant un consensus relatif sur l’intérêt stratégique du projet.
Concrètement, l’euro numérique sera utilisable comme les espèces pour régler des achats en magasin, en ligne ou entre particuliers, et ce, sans surcoût pour les utilisateurs. La BCE a entamé ses premières réflexions sur ce projet dès 2020 et prévoit de lancer une phase pilote courant 2027. L’émission effective d’euros numériques pourrait intervenir en 2029, sous réserve de l’adoption préalable d’un cadre législatif européen cette année.
Cette législation nécessitera l’accord conjoint du Parlement et des États membres. Le Conseil européen, représentant les vingt-sept pays de l’Union, s’est déjà déclaré favorable au cadre proposé par la Commission européenne. Le Parlement, quant à lui, ne devrait se saisir formellement du dossier qu’au printemps prochain.
Lors d’une audition lundi à Strasbourg, la présidente de la BCE Christine Lagarde a plaidé pour un soutien rapide des eurodéputés, tout en tentant de dissiper les inquiétudes exprimées par les opposants. Certains craignent notamment des atteintes à la confidentialité des paiements ou une substitution progressive des billets et pièces par la version numérique. Christine Lagarde a tenu à rassurer : la BCE « n’aura accès aux données personnelles » des utilisateurs et « l’euro numérique ne vise pas du tout à remplacer les espèces ».
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Au-delà de la protection de la vie privée, l’euro numérique a également une dimension stratégique. Christine Lagarde a insisté sur le fait que sa mise en place « évitera une dépendance excessive à des fournisseurs étrangers pour les systèmes de paiement qui sont essentiels au bon fonctionnement de notre économie ». Le consommateur pourra librement choisir d’utiliser ou non cette nouvelle monnaie, qui se présente comme un outil de souveraineté face à la concentration mondiale des infrastructures financières.
Pour l’économie européenne, le calendrier reste ambitieux. D’ici 2027, la BCE devra finaliser la conception technique et juridique du dispositif, puis engager la phase pilote. Deux ans plus tard, l’euro numérique pourrait être émis à grande échelle, marquant une étape majeure dans l’adaptation de l’Europe aux défis de la finance numérique et de la concurrence internationale.
L’enjeu dépasse le simple domaine monétaire : il s’agit pour l’UE de consolider sa capacité à protéger ses infrastructures critiques et à offrir à ses citoyens un moyen de paiement sûr et souverain. À l’heure où la digitalisation des transactions s’accélère, l’euro numérique pourrait devenir l’un des piliers de la stratégie européenne de souveraineté économique pour les décennies à venir.
(avec AFP)
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