REGARDS CROISÉS. Une bataille silencieuse se joue entre les États et des acteurs privés, celle de la suprématie monétaire. Monnaies numériques de banque centrale, stablecoins, bitcoin… Les points de vue d’Agnès Bénassy-Quéré, sous-gouverneure à la Banque de France, face à Nathalie Janson, économiste.
« Privatisation de la monnaie »… Les mots sont lâchés en octobre dernier par Agnès Bénassy-Quéré, économiste, sous-gouverneure à la Banque de France. Et pour cause : désormais, « plus de la moitié des paiements sont effectués via des infrastructures privées (cartes, virement, applis), alors que la monnaie centrale recule », constate l’institution. Un phénomène qui risque d’être amplifié avec le boom des cryptoactifs dont les usages pénètrent la finance traditionnelle.
Ainsi, les flux de paiement s’opèrent de plus en plus hors des circuits monétaires classiques. En 2024, le volume des transactions mondiales en cryptomonnaie atteint plus de 10 600 milliards de dollars, en hausse de plus de 56 % sur un an, selon l’opérateur américain Stripe.
L’urgence est de réguler ces nouveaux échanges. Sur le Vieux Continent, la Commission européenne a donné le ton : le 4 décembre, elle a proposé le transfert de l’autorisation, du suivi et de la supervision de l’ensemble des prestataires de services sur cryptoactifs (PSCA) des autorités nationales compétentes vers l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma). De quoi reprendre la main ?
Les visions sur ce nouveau rapport de force monétaire divergent. Les points de vue d’Agnès Bénassy-Quéré, sous-gouverneure à la Banque de France et Nathalie Janson, économiste spécialiste du bitcoin.
LA TRIBUNE. L’approche de l’Europe, de vouloir centraliser la régulation des cryptos auprès d’une seule autorité, est-elle un progrès ?
Agnès BÉNASSY-QUÉRÉ. Concrètement, les entités financières déjà autorisées à fournir des services financiers continueront d’être supervisées par leurs autorités nationales tant que l’activité liée aux services sur cryptoactifs demeure secondaire. Si, en revanche, la fourniture de services liés aux cryptoactifs devient leur activité principale, elles seront placées sous la supervision directe de l’Esma. Une exception notable concerne les établissements de crédit, dont la supervision continuera d’être assurée par le MSU [mécanisme de surveillance unique].
Newsletter
Finances
Chaque semaine, les clés pour comprendre les marchés financiers.