Moody's : pourquoi la note Aa3 de la France ne tient plus qu'à un fil
latribune.fr
Le maintien de la note Aa3 reste incertain malgré un déficit public ramené à 5,1 % du PIB en 2025. Les analystes redoutent qu'une croissance atone (0,2 % au premier trimestre) n'entrave l'assainissement des comptes.
Reuters
Notation de la France : Moody's face au dilemme de la dégradation
Vendredi, l'agence Moody’s rendra son verdict sur la note souveraine de la France, actuellement à Aa3. Entre la tentation d'un abaissement jugé « logique » par certains et un statu quo protecteur, la décision finale engagera la crédibilité budgétaire de l'Hexagone jusqu'en 2027.
Vendredi, Moody’s tranchera : rétrograder la France par pur réalisme économique ou lui accorder un répit face au chaos géopolitique ? La France navigue à vue sur une ligne de crête financière. Moody’s maintient pour l’instant le pays en catégorie Aa3, un label de « bonne qualité » qui détonne sur les marchés.
Ses concurrentes Fitch et S&P ont déjà tranché dans le vif à l'automne, dégradant la signature nationale à A+. Cette note Aa3, vestige d'une confiance érodée, fait désormais figure d'anomalie pour de nombreux analystes.
Eric Dor, directeur des études économiques de l'Ieseg, souligne un décalage frappant dans la hiérarchie des notations européennes. L'Espagne et le Portugal affichent une note A3 chez Moody’s, soit trois crans sous la France, malgré des finances publiques bien mieux portées. Pour lui, une révision à la baisse ce vendredi constituerait une suite cohérente.
En octobre, l'agence avait déjà basculé la perspective de la France en « négative », signal précurseur d'une rétrogradation. Elle justifiait ce choix par les risques liés à la fragmentation du paysage politique national. Cette instabilité empêcherait, selon elle, la mise en place d'économies d'envergure.
Le mur de la croissance et l'effet ciseau budgétaire
L'économie française ralentit, compliquant l'équation du déficit public qui atteignait 5,8 % en 2024. La Banque de France a récemment revu ses prévisions de croissance à la baisse, tablant sur 0,9 % pour l'année en cours. Un scénario plus sombre, nourri par une inflation persistante, anticipe même une hausse du PIB limitée à 0,3 %.
Newsletter
Finances
Chaque semaine, les clés pour comprendre les marchés financiers.
L'Insee confirme cette tendance avec une croissance de seulement 0,2 % pour les deux premiers trimestres. Anthony Morlet-Lavidalie, de l'institut Rexecode, qualifie les données récentes de la production industrielle et de la consommation de « décevantes ». Cette atonie réduit mécaniquement les recettes fiscales espérées par l'État.
Le gouvernement a réussi à faire adopter ses budgets par l'article 49.3 de la Constitution. Néanmoins, Moody’s s'inquiétait dès janvier d'une paralysie possible à l'approche de la présidentielle de 2027. L'agence craint que les partis ne rejettent tout compromis sur la rigueur budgétaire lors des prochains cycles électoraux.
Géopolitique et subjectivité : les piliers du statu quo
Malgré des indicateurs dégradés, certains experts parient sur un maintien de la note Aa3. Les agences de notation préfèrent généralement agir dans un environnement lisible, ce qui manque cruellement aujourd'hui. La guerre au Moyen-Orient brouille la visibilité économique et incite les évaluateurs à la prudence.
Une décision de maintien s'appuierait sur l'amélioration du déficit public l'an dernier, tombé à 5,1 % au lieu des 5,4 % redoutés. Moody’s pourrait également attendre le comité d’alerte des finances publiques prévu le 21 avril. Ce rendez-vous doit permettre au gouvernement d'annoncer des mesures correctives si les données de début d'année l'exigent.
La décision de vendredi comporte une part de subjectivité inhérente aux modèles des agences. Si le statu quo l'emporte, ce ne sera qu'un répit temporaire avant l'examen des chiffres réels du printemps. La France reste sous surveillance étroite, lestée par la dette la plus massive de la zone euro en valeur absolue.