Fitch, Moody's, S&P : la lente dégradation de la note de la dette française

L’agence de notation américaine Fitch doit anoncer sa décision ce vendredi soir.
Brendan McDermid

L’agence de notation américaine Fitch doit anoncer sa décision ce vendredi soir.
Brendan McDermid
La note sur la dette française va-t-elle être dégradée en cette fin de semaine ? L'agence de notation américaine Fitch Ratings doit annoncer sa décision ce vendredi soir. Entre la chute du gouvernement Bayrou et, plus généralement, l'instabilité politique du pays ces derniers mois, Fitch a de forte chance de faire passer la note de « AA- » à un simple « A », la faisant chuter d'une catégorie.
Mais rien n'est encore acté. Certains économistes estiment même que l'agence pourrait décider de ne rien changer en attendant « davantage de visibilité politique », a ainsi commenté Lucile Bembaron, économiste chez Asterès. « Aussi, les agences de notation ont tendance, depuis plusieurs années, à suivre les marchés, plutôt qu'à les précéder. Or, les marchés obligataires restent très calmes à l'égard de la dette française », commente de son côté dans une note Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management.
Les agences de notations évaluent la solvabilité des entreprises, des États ou encore des collectivités territoriales. Dans le cas d'un État, elles évaluent la capacité du pays à rembourser sa dette ou, autrement dit, elles évaluent le risque que ce pays ne la rembourse pas. Ainsi, plus les risques d'insolvabilité sont élevés, plus la note sera basse.
Le marché de la notation est dominé par trois agences privées américaines, surnommées « The Big Three » (« les trois grandes ») : Moody's, Standard & Poor's, et Fitch Ratings. À elles trois, elles se partagent une part de marché de plus de 90 %.
Pour donner une note, les agences vont construire des scénarios financiers prévisionnels. Elles se basent sur divers critères financiers, comme la rentabilité financière globale, la rentabilité des capitaux investis, le niveau d'endettement, la liquidité... Ces notes sont, par la suite, scrutées de près par les marchés financiers et vont surtout déterminer le coût de financement du pays.
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Chaque agence a son système de notation qui lui est propre. Les notes de S&P et de Fitch sont composées de lettres allant de A à D et de « + » et de « - ». La note AAA est la plus élevée et signifie que le pays a une très bonne solvabilité, alors que D correspond à une situation de faillite. Celles de Moody's s'étendent de A à C et comportent des chiffres allant de 1 à 3.
Les catégories sont importantes pour les investisseurs, puisque de nombreux fonds investissent uniquement dans des actifs sûrs. Ces derniers s'étendent de AAA à BBB-, une fourchette de notation nommée investment grade. Mais les critères concernant les notes vont dépendre néanmoins du fonds en question. Par exemple, si la grande majorité des fonds de pension et d'assurance va privilégier ces catégories, certains fonds vont investir dans des actifs plus risqués.
Le pays a perdu son « Triple A » pour la première fois en 2012 par S&P, une période qui correspond à la crise des dettes souveraines de la zone euro (2010 à 2012). La même année, Moody's suit et dégrade à son tour la note française. Fitch donne le dernier coup de massue en 2013 en retirant le dernier « Triple A » à l'Hexagone. L'agence reprochait au pays l'évolution de sa production, la hausse du chômage et son déficit. Elle anticipait alors une augmentation du déficit au-dessus de 3 %, ainsi qu'une contraction de l'économie de 0,3 %. Par la suite, Paris subit de nouvelles baisses entre 2014 et 2015, mais qui n'ont pas eu alors de grandes conséquences sur les marchés.
La dernière note choc a été celle de Fitch en avril 2023, qui a dégradé la dette française à « AA- ». Les autres agences ont suivi. Moody's a dégradé la note de la France en décembre 2024, la faisant passer de Aa2 à Aa3. Elle avait ainsi reproché à la France la fragmentation politique du pays et anticipait des finances publiques plus faibles pour les années suivantes.
Cette année, Fitch a choisi de laisser inchangée la note du pays en mars, mais elle l'a affublée d'une « perspective négative », estimant déjà que l'incertitude politique et l'absence de majorité gouvernementale à l'Assemble nationale allaient compliquer la tâche de réduction du déficit public. Ce qui signifie que la France a désormais plus de chance de connaître une nouvelle dégradation.
La notation de la France est encore pour le moment au-dessus de celles de pays comme l'Espagne, le Portugal ou encore l'Italie. Néanmoins, sa note fait office d'exception comparée à ses voisins. La France a encore un double A, alors qu'elle possède l'un des niveaux d'endettement les plus élevés en pourcentage de son PIB. Son déficit est également toujours aussi important : 5,8 % en 2024 et 5,4 % en 2023. À titre de comparaison, l'Irlande, Chypre, ou encore le Portugal ont enregistré un excédent.
De son côté, l'Allemagne fait encore partie des rares pays à être noté « Triple A » par Fitch, avec les Pays-Bas et le Luxembourg.
Alors qu'il y a de fortes chances que l'agence dégrade bel et bien la note du pays, elle resterait tout de même dans la catégorie des investment grade, où les obligations comportent un faible risque. Par ailleurs, « l'impact d'une dégradation est insignifiant parce que les investisseurs sur les marchés étaient déjà au courant des problèmes du pays concerné et en tenaient déjà compte pour déterminer le taux d'intérêt exigé sur ses obligations », indique Eric Dor.
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Néanmoins, une dégradation de Fitch ferait passer la note de la France dans une catégorie inférieure. Ce qui pourrait augmenter le taux d'intérêt, si d'autres agences décident par la suite de dégrader la note de la dette française. En effet, « une dégradation entraîne le déplacement de la note vers une catégorie inférieure [...] déclenche des effets de seuil automatiques sur la demande d'obligations du pays par les grands investisseurs », complète l'expert.