La banque américaine a décidé de supprimer les critères concernant la diversité, l'équité et l'inclusion (DEI) au sein de son propre conseil d'administration.
/FW1FP/Sherry Jacob - REUTERS - REUTERS - Dado Ruvic
Longtemps fer de lance des politiques inclusives, le géant Goldman Sachs vient de signer un accord confidentiel, révélé par le Wall Street Journal, pour supprimer ses quotas de diversité. Entre menaces judiciaires et pression de l'administration Trump, la banque américaine emboîte le pas à Morgan Stanley et Citi.
Les informations à retenir
Goldman Sachs fait machine arrière sur la diversité
Goldman Sachs supprime ses critères de diversité (DEI) pour la sélection de ses administrateurs sous la pression du fonds conservateur NLPC, marquant un renoncement majeur aux politiques d'identité de genre et d'origine au profit du seul critère de mérite.
Ce revirement s'inscrit dans une stratégie de mise en conformité face à l'hostilité de l'administration Trump et au risque croissant de litiges judiciaires personnels pour les dirigeants dont la responsabilité fiduciaire est désormais exposée.
La banque démantèle progressivement ses programmes ciblés, à l'image du fonds « One Million Black Women » ou des conditions d'accompagnement en Bourse, révélant une tension critique entre les objectifs de représentation historique et la nouvelle jurisprudence américaine sur la discrimination.
Goldman Sachs n’aura pas échappé aux sirènes de Donald Trump. La banque américaine a décidé de supprimer les critères concernant la diversité, l’équité et l’inclusion (DEI) au sein de son propre conseil d’administration, selon des informations du Wall Street Journal. Elle ne prendra plus en compte l’origine, l’identité de genre, l’orientation sexuelle et d’autres facteurs de diversité pour sélectionner ses futurs candidats.
Une mesure qui a été déjà demandée en septembre par le National Legal and Politcy Center (NLPC), une organisation conservatrice qui détient une part minoritaire dans la banque américaine. D’après elle, les critères DEI augmenteraient les risques de discrimination. Goldman Sachs leur a fait savoir qu’ils allaient bel et bien supprimer les critères DEI et un accord aurait été signé avec l’organisation pour que leur proposition n’apparaisse pas dans un des documents envoyés aux actionnaires avant l’assemblée générale annuelle au printemps.
Des politiques de diversité supprimées au fur et à mesure
Goldman Sachs a fait plusieurs fois marche arrière ces derniers mois concernant ses politiques de diversité. En 2025, le géant américain a enlevé une section « diversité et inclusion » dans son rapport annuel. « Nous avons procédé à certains ajustements afin de refléter les évolutions législatives aux États-Unis », avait alors déclaré le PDG David Solomon, dans un communiqué.
La banque a également supprimé une politique qui consistait à accompagner les entreprises lors de leurs introductions en Bourse seulement si elles avaient deux membres de leur conseil d’administration qui répondaient à des critères de diversité.
Elle a aussi revu un de ses programmes de diversité : le « One Million Black Women », qui s’adressait à l’origine aux femmes noires, rappelle le Wall Street Journal. Mais depuis l’année dernière, la banque a effacé le mot « noir » de son site web.
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Recul des politiques de diversité
Depuis le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump, de nombreuses banques comme Morgan Stanley ou encore Citi ont renoncé ou assoupli leurs politiques en matière de diversité. Le président américain mène une bataille contre les politiques de DEI, qu’il juge discriminantes. Selon lui, le recrutement et les promotions doivent uniquement être basés sur le mérite.
Le président américain a signé des décrets pour supprimer ces politiques au sein du gouvernement. Les entreprises travaillant avec le gouvernement ne sont pas non plus épargnées. Même en France, des sociétés françaises ont reçu l’année dernière un courrier de l’ambassade américaine leur demandant de prouver qu’elles ne recrutaient pas en fonction de critères de DEI. Dans le cas contraire, les États-Unis se réservaient le droit de ne plus collaborer avec elles.
Rémunérations et quotas : le nouveau front judiciaire
Actuellement, les incitations financières annuelles des cadres de Goldman Sachs intègrent des critères liés au recrutement et à la représentation des minorités. Mais dans le sillage de la décision de la Cour suprême de juin 2023, les experts en conformité avertissent désormais les conseils d'administration : les programmes qui ne sont pas ouverts à tous les candidats ou qui appliquent des critères explicites de « race » ou de genre s'exposent à des nombreux litiges accrus. Le risque devient personnel pour les dirigeants, dont la responsabilité fiduciaire peut être engagée en cas de politiques jugées « discriminatoires ». Malgré la pression, Goldman Sachs affichait jusqu'ici des ambitions précises pour ses recrutements d'analystes et d'associés : 50 % de femmes (niveau mondial), 11% de Noirs pour les Amériques et 9% pour le Royaume-Uni, 14% d'Hispaniques pour les Amériques. Ces « quotas » placent les banques dans une position délicate face aux tribunaux. L'exemple de Starbucks, condamné à verser 25,6 millions de dollars après le licenciement d'une employée blanche, sert désormais d'avertissement à tout le secteur financier.