La guerre, Trump et l'inflation : l'arrivée sous tension de Kevin Warsh à la Fed

Kevin Warsh va prendre officiellement la tête de la Fed ce vendredi.
/FW1FP/Matthew Lewis - REUTERS - REUTERS - Kevin Lamarque

Kevin Warsh va prendre officiellement la tête de la Fed ce vendredi.
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Kevin Warsh va prendre officiellement la tête de la Fed ce vendredi. Le nouveau président de la banque centrale américaine, qui a été confirmé par le Sénat mi-mai, se voit offrir une cérémonie d’investiture à la Maison-Blanche. L’ancien faucon devra porter serment. Une première depuis Ronald Reagan qui avait nommé Alan Greenspan dans les années 1980.
Un geste déjà critiqué alors que Kevin Warsh va devoir affirmer son indépendance face à Donald Trump. Le milliardaire américain s’est montré très critique vis-à-vis de la politique monétaire de l’institution ces derniers mois, appelant à une baisse des taux rapide. Il n’a pas hésité à faire pression sur Jerome Powell, le futur ancien président de la Réserve fédérale, qu’il voulait voir démissionner.
« Les principes fondamentaux concernant l'indépendance de la Fed, la dépendance aux données économiques et la recherche du consensus au sein du comité resteront intacts, même si Kevin Warsh imprime progressivement sa marque sur la politique monétaire », estime, de son côté, Richard Clarida, conseiller économique Monde de PIMCO et ancien vice-président du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine entre 2018 et 2022.
Les espoirs de Trump en faveur d’une future baisse des taux sous Kevin Warsh se sont envolés avec la guerre au Moyen-Orient et la remontée de l'inflation à plus de 3 %. « Il est impossible dans ce contexte que Kevin Warsh ouvre la porte à une baisse des taux à court terme », indique Alexandre Baradez.
D’autant que les taux souverains ont de nouveau augmenté, avec des niveaux records depuis 2007 sur ceux à 30 ans. « Tout signal de Warsh allant vers une baisse des taux à court terme mettra une tension supplémentaire sur les taux des obligations à 10 et 30 ans, car les marchés vont considérer qu’il y a un risque inflationniste supplémentaire », explique l’analyste. « Même la Maison-Blanche n’évoque plus une baisse de taux à venir pour éviter tout risque d’accident de politique monétaire », complète-t-il.
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« Je vais le laisser faire ce qu'il veut [...]. C'est un type très doué, il s'en sortira très bien, il fera du bon travail », a ainsi déclaré Trump en début de semaine.
Les marchés n’anticipent à ce jour aucune baisse de taux cette année, et la majorité estime même qu’une hausse de taux sera le scénario le plus probable. « Kevin Warsh pourra peut-être ouvrir la possibilité d’une baisse de taux plus tard dans l’année, mais elle devra être conditionnée par une détente de la situation au Moyen-Orient », estime Alexandre Baradez.
Le nouveau président devra en tout cas composer avec les différents responsables de la Fed pour voter la politique monétaire. « L’influence du président de la Fed repose sur sa capacité à guider ses collègues vers un consensus, et Kevin Warsh possède les qualités d’un dirigeant convaincant, un atout dont il aura besoin dans cette fonction », commente Richard Clarida.
D’autant que les dissidences au sein des membres se sont accumulées ces derniers mois. Lors de la dernière réunion de l’institution, une majorité des responsables ont indiqué qu’un resserrement « deviendrait probablement nécessaire si l'inflation continuait de se maintenir de manière persistante au-dessus de 2 % ». Trois autres n’étaient pas d’accord avec la formulation du communiqué en indiquant que la prochaine décision pourrait être un relèvement des taux. Stephen Miran, qui va quitter son poste de responsable, a, de son côté, voté une baisse.
Outre les taux, l’ancien faucon pourrait amener d’autres changements au sein de l’institution. Il a ainsi critiqué par le passé le bilan de la Fed qu’il voudrait réduire au fur et à mesure. Comme le relève également Richard Clarida, Kevin Warsh pourrait aussi provoquer des changements dans la communication de la Fed car il considère que les membres de l’institution s’expriment trop. Mais il « devra rallier une majorité, c’est-à-dire au moins six autres membres votants, au sein du FOMC afin de mettre en œuvre des changements significatifs », complète-t-il. La prochaine réunion du Comité de politique monétaire présidée par Kevin Warsh aura, elle, lieu les 16 et 17 juin prochains.