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John Plassard : « Ce n’est pas parce que les taux obligataires avoisinent certains niveaux qu’il risque d’y avoir un krach »

Photo de Margot Ruault

Margot Ruault

Publié le 20 mai 2026 à 14:49

John Plassard, analyste pour Cité Gestion Private Bank.

John Plassard, analyste pour Cité Gestion Private Bank.

John Plassard

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Poussés par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la persistance de l’inflation, les taux souverains à long terme atteignent des sommets inédits depuis 2007. Entretien avec John Plassard, analyste pour Cité Gestion Private Bank.

Les taux à long terme des obligations américaines, allemandes, françaises ou encore japonaises ont drastiquement augmenté depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Mardi, le taux américain à trente ans a atteint un plus haut depuis 2007, à plus de 5 %. Sur dix ans, il s’est établi à 4,69 %. Une flambée qui fait craindre des conséquences négatives pour les États mais également sur les marchés boursiers qui surperforment avec les valeurs liées à la tech et l’intelligence artificielle. Décryptage avec John Plassard, analyste pour Cité Gestion Private Bank.

LA TRIBUNE. Pourquoi les taux obligataires américains flambent-ils actuellement ?

John Plassard. Dans les anticipations, les marchés sont passés d’un régime désinflationniste à un régime inflationniste. Le blocage du détroit d’Ormuz a poussé le prix du baril de pétrole à des niveaux qui n’ont pas été observés depuis un moment. Sa durée va dépasser, dans quelques jours, les deux mois. Ce qui va continuer d’avoir des conséquences sur certaines matières premières, et donc l’inflation à la consommation et à la production. Dans cette situation, on ne peut plus parler d’inflation transitoire. Cette situation fait donc monter les rendements des obligations des États. Par ailleurs, les déficits publics massifs sont bien réels. Les États-Unis atteignent les 39 000 milliards de dettes. En France, la situation est aussi tendue. Résultat, les primes à terme, à 10 ou à 30 ans, exigées par les investisseurs sont plus élevées.

Pourquoi les taux obligataires d’autres pays comme le Japon, la France ou l’Allemagne flambent-ils également ?

L’Europe est plus dépendante de la question énergétique que les États-Unis L’inflation est repartie à la hausse. Même au Japon, qui n’est jamais concerné par l’inflation, les investisseurs anticipent une hausse des taux lors de la prochaine réunion de la banque centrale. La croissance économique en Europe est faible, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis. Et si la Banque centrale européenne augmente les taux pour contrer l’inflation, les anticipations de croissance, déjà basses, seront encore réduites. Les marchés boursiers anticipent ainsi moins de relais de croissance en Europe, les valeurs de la tech ne sont pas comparables aux américaines.

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Climat : comment la hausse des taux a mis fin à la prime verte des obligations

Quels sont les risques de cette flambée pour les États ?

Le risque est l’augmentation du paiement des intérêts de la dette par les pays. Les États vont devoir payer plus d’intérêts sur les nouvelles dettes émises et la dette des pays va augmenter. Cela représente des budgets alloués en moins à des postes de dépense des gouvernements.

Et pour la Bourse ? Risque-t-on de connaître une bulle ou une correction ? Voire une nouvelle crise ?

Si vous prenez la moyenne depuis 1950 du rendement moyen du taux obligataire américain sur 10 ans, il était autour de 4,5 %. Cela signifie que les taux sont dans la moyenne et que nous sommes davantage dans une normalisation historique. Les circonstances sont néanmoins particulières et les dettes plus élevées. Mais ce n’est pas parce que les taux avoisinent certains niveaux, comme celui de 5 %, qu’il risque d’y avoir un krach. Si vous regardez les résultats des sociétés américaines, ils sont très bons. 85 % des résultats d’entreprises publiés sont au-dessus des attentes.

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La dernière fois que les taux américains sur 10 ans ont été autour des 5 %, plusieurs dirigeants de grandes banques américaines comme JP Morgan ou Goldman Sachs avaient appelé Donald Trump. Ils l’ont prévenu que quand les rendements sont aussi élevés, cela entraîne une baisse de volume sur le secteur immobilier, une baisse des marges de certaines entreprises ainsi qu’une diminution de la consommation des ménages. Ce qui a des effets sur la croissance et l’activité, c’est aussi une des raisons pour lesquelles les marchés sont nerveux quand les taux obligataires sur 10 ans sont entre 4,5 et 5 %.

C’est un équilibre qui se réalise entre le marché boursier et le marché obligataire.

Pourquoi une flambée des taux peut-elle avoir un tel effet négatif sur la Bourse ?

Avec un taux sur les obligations américaines à un peu moins de 5 % sur 10 ans et une dette aux États-Unis qui ne peut pas faire défaut, les investisseurs ont davantage d’intérêt à se tourner vers ces obligations plutôt que d’aller vers des entreprises très endettées, qui ont beaucoup monté en Bourse et qui ont des titres plus volatils. C’est un équilibre qui se réalise entre le marché boursier et le marché obligataire.

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Pourquoi l’IA continue-t-elle d’atteindre des sommets ? Que peut-on attendre des résultats de Nvidia ce soir ?

La semaine passée, une entreprise américaine de semi-conducteurs a publié des résultats extraordinaires. Mais son action a quand même baissé lors de la publication de ces résultats, car les investisseurs ont cherché une prise de bénéfice. Si les résultats de Nvidia ce soir sont bons, son titre en Bourse ne va pas forcément augmenter non plus de 10 %. Il ne faut pas qu’ils déçoivent non plus, sinon il risque d’y avoir une forte correction car le titre est proche des sommets historiques, donc certains vont vouloir être sûrs de faire du profit si c’est le début de la fin pour l’entreprise. Personnellement, je n’y crois pas.

Avec cette flambée des taux obligataires, que pourraient faire la Fed et la BCE ?

Le mandat de la Fed est le plein-emploi et la stabilité des prix avec un niveau d’inflation autour des 2 %. Ce qui pose problème actuellement à la banque centrale américaine est la stabilité des prix. La Fed pourrait faire une seule baisse, voire aucune cette année, même si le nouveau président Kevin Warsh va arriver à la tête de l’institution. En Europe, les taux doivent à nouveau augmenter. Mais il leur sera difficile de trouver le bon moment pour les baisser, ou non.

Margot Ruault

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