Aux États-Unis, une nouvelle loi sur les cryptos provoque la colère des banques

Le Sénat débat sur le nouveau texte qui portera sur les cryptomonnaies et les stablecoins
KC - REUTERS - Kylie Cooper

Le Sénat débat sur le nouveau texte qui portera sur les cryptomonnaies et les stablecoins
KC - REUTERS - Kylie Cooper
Les banques américaines sont vent debout contre le CLARITY Act. Après le GENIUS Act qui a reconnu et encadré l’an dernier les stablecoins, des cryptoactifs qui répliquent le cours du dollar ou de l’euro, cette nouvelle loi marque une nouvelle étape. Ce projet, en débat au Sénat américain depuis début janvier, veut acter la possibilité pour les plateformes d’échanges de devises électroniques de verser des intérêts aux détenteurs de stablecoins.
À l’origine de ce projet vient l’importante rémunération des émetteurs de stablecoins. Quand un particulier achète l’une de ces cryptomonnaies, ses dollars sont transférés dans les coffres de l’émetteur qui doit pouvoir rembourser l’acheteur à tout moment. Mais, à l’image de ce que font les banques, l’argent ne dort pas.
Les créateurs de stablecoins investissent l’argent de leurs acheteurs dans des actifs plus ou moins risqués comme des bons du Trésor américain, de l’or ou encore du bitcoin. Grâce à ces investissements, Circle, le créateur de l’USDC a généré 155 millions de dollars de bénéfices en 2024 quand Tether, le mastodonte derrière l’USDT a engrangé un résultat de 13 milliards de dollars. Des profits qui devraient encore avoir augmenté en 2025.
Jusqu’ici, rien n’autorise les émetteurs de stablecoins à partager les intérêts de leurs placements avec les détenteurs de stablecoins. Cependant, la plateforme d’échange Coinbase offre actuellement un taux de récompense de 3,5 % aux utilisateurs de son programme premium qui achètent de l’USDC. Une redistribution que l’entreprise aimerait voir généralisée.
Une proposition inscrite dans le Clarity Act qui a provoqué la colère des banques. Citant une étude du Trésor américain, l’Association bancaire américaine (ABA) prévient que 6 600 milliards de dollars de fonds placés dans des établissements traditionnels sont « en danger » à cause de cette proposition. Et pour cause, cette évolution risque de siphonner une partie des dépôts des banques classiques, peu ou pas rémunérés en l’état, préviennent les associations professionnelles, en particulier les établissements de taille plus modeste que les géants nationaux JPMorgan Chase, Bank of America, Citigroup et Wells Fargo, qui pèsent 40 % des avoirs à eux quatre.
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« Les banques régionales font 60 % des prêts aux petites entreprises dans ce pays (et) 80 % des crédits à l’agriculture », souligne auprès de l’AFP Rebeca Romero Rainey, directrice de l’ICBA qui représente ces institutions financières locales. « S’ils perdent ces dépôts, d’où vont venir les ressources pour financer ces prêts ? », ajoute la financière.
Ces préoccupations ont eu un écho auprès de certains élus, au point que le texte a été expurgé de la clause de rémunération des stablecoins début janvier. Une modification qui a scandalisé le patron de Coinbase. « Nous préférons ne pas avoir de loi plutôt qu’un mauvais texte », a écrit Brian Armstrong le 15 janvier sur X. Ce, avant de quitter la table des négociations le même jour.
Deux jours plus tard, la journaliste et co-animatrice du podcast Crypto In America, Eleanor Terrett a affirmé que la Maison-Blanche envisageait de retirer son soutien au projet de loi si Coinbase ne retournait pas à la table des négociations. Une menace démentie par Brian Armstrong, pour qui la Maison-Blanche a été très constructive et a même demandé à Coinbase d’engager des négociations avec les banques. Reste à voir qui des banques ou des plateformes d’échange sera le premier à faire des concessions dans ce bras de fer réglementaire.
(Avec AFP)
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