La Banque du Japon (BoJ) a acté ce vendredi un tournant historique en relevant son taux directeur à 0,75 %, un sommet inédit depuis 1995. Face à une inflation à 3 % et un yen affaibli, l'institution précipite la fin de l'argent facile, mettant sous pression un « privilège exorbitant » fondé sur le financement à bas coût d'une dette colossale.L'effervescence a gagné les salles de marché de Tokyo ce vendredi 19 décembre. En portant son taux de 0,5 % à 0,75 %, le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), Kazuo Ueda, met fin à trois décennies d'une singularité mondiale : l'ère des taux nuls ou négatifs. Cette décision, le premier tour de vis depuis janvier dernier, marque la reconnaissance d'une réalité longtemps éludée par l'archipel, celle d'une inflation désormais durable.
En novembre, l'indice des prix à la consommation (hors produits frais) a progressé de 3 % sur un an. Pour une nation ayant érigé la lutte contre la déflation en pilier identitaire, le constat est sans appel. La BoJ observe que l'économie japonaise amorce un redressement modéré, offrant une occasion de normalisation monétaire malgré les incertitudes persistantes. Kazuo Ueda a d'ailleurs balayé les craintes liées au franchissement de ce seuil historique, affirmant que le niveau nominal des taux n'était pas le principal indicateur à surveiller face à des taux réels qui demeurent très bas.
Un modèle de financement sous haute tension
Ce tournant menace directement le « privilège exorbitant » du Japon, selon les économistes Kenneth Rogoff et Takeshi Tashiro. À l'instar des États-Unis, le pays a bénéficié d'une capacité unique à émettre une dette publique massive — attendue à 232 % du PIB en 2025 selon le FMI — à des conditions extrêmement avantageuses. Ce mécanisme repose sur l'attrait des investisseurs pour la sécurité des obligations d'État japonaises (JGB), permettant au pays d'emprunter à bas taux pour réinvestir ses capitaux dans des actifs étrangers plus rémunérateurs.