Taux d’intérêt : La Banque du Japon prépare le terrain pour un changement de cap cet hiver
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Le gouverneur de la Banque du Japon, Kazuo Ueda.
/FW1FP/Christopher Cushing - REUTERS - Kim Kyung-Hoon
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Le gouverneur de la Banque du Japon, Kazuo Ueda.
/FW1FP/Christopher Cushing - REUTERS - Kim Kyung-Hoon
Le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), Kazuo Ueda, a annoncé un possible infléchissement dans la politique monétaire du pays. Adoptant une position ferme – favorable à un durcissement monétaire – il a ouvert la porte à une augmentation des taux directeurs, une perspective qui rompt avec l’orientation accommodante longtemps maintenue par l’institution. Alors que la BoJ se prépare à sa réunion des 18 et 19 décembre, les acteurs du marché s’attendent désormais à une hausse des taux cet hiver. Ce changement de discours intervient malgré l’approche plus souple affichée par la Première ministre, Sanae Takaichi, soulignant le rôle délicat de la banque centrale face aux tensions économiques nationales.
La détermination de la Banque du Japon à opérer un éventuel durcissement monétaire trouve son origine dans la nécessité de reprendre le contrôle sur la hausse générale des prix, dont les causes sont multiples. L’évolution des prix à la consommation, notamment pour les produits alimentaires, est jugée importante, avec de nombreux produits, comme le riz, enregistrant une progression annuelle supérieure à 5 %.
Un autre facteur majeur de cette pression est l’augmentation des salaires. Les entreprises japonaises répercutent en effet ces hausses sur leurs prix de vente afin de maintenir leurs marges stables. De plus, la faiblesse persistante de la monnaie nationale vient augmenter le coût des importations, ce qui exerce une pression directe sur les prix à l’intérieur du pays. Face à cette situation, une hausse des taux directeurs est perçue comme un moyen de ralentir l’économie, d’apaiser l’inflation, et de renforcer – même modestement – l’attractivité du yen, bien qu’un long cycle de durcissement ne soit pas envisagé. L’ensemble des secteurs de l’économie, qu’il s’agisse de l’énergie, des services, des biens ou des produits alimentaires, contribue actuellement à cette dynamique de hausse des prix.
Bien que la maîtrise des prix reste la priorité, les projections de la Banque du Japon suggèrent une possible décélération. Hors alimentation, la hausse des prix devrait se situer sous la barre des 2 % durant la première moitié de 2026. Des mesures gouvernementales, comme la suppression d’une taxe sur l’essence, sont censées jouer un rôle positif. Les projections pour 2026 et 2027 s’alignent d’ailleurs sur l’objectif de 2 % de la banque centrale.
Toutefois, des incertitudes majeures subsistent. L’impact de l’augmentation des salaires sur la hausse générale des prix est encore difficile à évaluer, et la cherté des produits alimentaires pourrait durer et potentiellement remettre en question les prévisions optimistes. La confiance et la consommation des ménages constituent également des facteurs de risque : s’ils venaient à se dégrader, cela pourrait exercer un effet négatif sur la hausse des prix.
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Dans ce contexte, la BoJ porte une attention particulière à l’évolution des rémunérations, notamment lors des renégociations du printemps 2026. Une forte augmentation maintiendrait une pression significative sur les prix. L’indice de diffusion (DI), qui mesure la tension sur le marché de l’emploi, indique déjà une forte pression avec des manques de travailleurs. Ce déficit contraint à des augmentations de salaires qui sont ensuite répercutées sur les prix à la consommation.
Les bénéfices importants réalisés par les grandes entreprises cette année incitent les employés à réclamer des hausses plus importantes. Le syndicat japonais Rengo préconise une augmentation salariale de 5 % pour les renégociations de printemps, un niveau identique à celui de 2025. Du côté patronal, la Japan Business Federation (Keidanren) insiste sur une augmentation stable par rapport à l’année précédente. La banque centrale est donc en phase de consultation étroite avec les grandes entreprises pour anticiper l’évolution des salaires et affiner ses prévisions de hausse des prix.
La lecture de l’intervention de Kazuo Ueda a immédiatement provoqué des réactions sur les marchés. Le gouverneur a même préparé le terrain en indiquant que la « hausse des taux ne serait pas, dans les faits, un durcissement monétaire », suggérant qu’une augmentation des taux le 19 décembre n’ouvrirait pas nécessairement la voie à une série de hausses successives. Le nouveau plan de relance japonais reste en effet lié à la politique monétaire, et le gouvernement pourrait s’opposer à un calendrier plus offensif.
Néanmoins, l’impact sur le marché des devises a été notable : le yen a gagné en valeur face au dollar, la paire dollar/yen passant même sous le niveau des 155 points. Cette perspective de hausse des taux au Japon réduit d’autant plus l’avantage de rendement sur cette paire de devises, d’autant plus que les marchés anticipent un assouplissement de la politique monétaire américaine en 2026. Dans ce contexte, un durcissement monétaire japonais plus important et planifié pourrait installer une tendance favorable pour le yen. La devise japonaise a ainsi pu « respirer » alors qu’elle approchait du seuil des 160 face au dollar, un niveau largement surveillé par la BoJ pour une éventuelle intervention.
Les marchés boursiers ont réagi négativement. L’indice Nikkei 225 a perdu 1,89 % après l’intervention de Kazuo Ueda, entraînant dans sa chute tous les actifs considérés comme risqués. Les contrats à terme sur l’indice ont montré une baisse importante juste après les déclarations. Les monnaies numériques, actifs particulièrement sensibles au risque, ont également souffert durant la séance asiatique, avec des pertes de près de 5 % pour le bitcoin et de 6 % pour l’ethereum.
La Banque du Japon devra maintenant trouver un équilibre entre la nécessité de maîtriser la hausse des prix et les objectifs de soutien à l’économie. La politique future de la BoJ sera donc fondamentalement dictée par les données, en particulier l’évolution des salaires et celle de la paire dollar/yen. Les acteurs du marché s’attendent à une baisse de taux cet hiver, en décembre ou en janvier.
Le jeudi 18 décembre verra la publication des données sur la hausse des prix de novembre, fournissant un éclairage crucial sur la situation avant la décision de politique monétaire. Le vendredi 19 décembre sera le jour de la décision de la BoJ sur les taux directeurs, un événement qui pourrait confirmer ou infirmer les anticipations de durcissement qui ont agité les marchés.
Le ton ferme de Kazuo Ueda a incontestablement marqué le début de l’hiver économique japonais, plaçant la BoJ face à un choix important : celui d’abandonner définitivement la politique de taux négatifs pour faire face à une hausse des prix qui, malgré les prévisions, n’a pas dit son dernier mot. La tension est maximale avant la réunion de décembre.
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