ANALYSE. Longtemps présenté comme un modèle vertueux, alliant climat et compétitivité économique, le marché carbone européen est critiquement ouvertement par des industriels et certains pays importants de l'UE. Voici pourquoi.
Il a beau être pionnier dans le monde et reconnu pour son efficacité, le marché carbone européen n’a jamais été autant menacé. C’est ce que laisse entendre l’offensive menée par certains industriels et quelques États européens ces dernières semaines. Parmi eux, des habitués de la critique de ce mécanisme phare du « Pacte vert », tels que la Pologne, la République tchèque ou la Slovaquie, dont les économies sont encore très dépendantes des énergies fossiles.
Mais ce qui donne à la fronde une nouvelle vigueur est que désormais l’Italie et l’Allemagne, deux poids lourds de l’UE, portent la critique. La cheffe du gouvernement italienne Giorgia Meloni a d’ailleurs ouvertement affiché son désaccord ce jeudi : lors d’une allocution, elle a dit qu’elle exigerait « avec force » la suspension de l’«Emissions Trading Scheme» ou ETS (dans le jargon de Bruxelles), lors du prochain Conseil européen, dans deux semaines.
Une offensive coordonnée et calculée
Mais selon Valentin Lautier, fondateur d’Homaio, une société française qui permet aux investisseurs particuliers d’investir dans le marché carbone européen, « cette offensive coordonnée a démarré début février avec le sommet d’Anvers, qui a réuni les filières industrielles européennes, et invité certains chefs d’État ». Dont… le chancelier allemand Friedrich Merz, membre de la CDU et très sensible aux sujets de la compétitivité des industries. Et moins pro-climat que son prédécesseur du SPD, Olaf Scholz.
« Le timing de cette fronde n’est pas un hasard », rappelle Nicolas Berghmans, directeur du programme Nouvelles politiques industrielles et bon connaisseur des instances européennes. « Avec le nouvel objectif 2040 de baisse des émissions de CO₂, la Commission a prévu une révision du marché du carbone courant 2026 ».
Le contexte international comme argument
L’argumentaire des critiques de l’ETS prend sa source dans le contexte géo-économique qui a bouleversé l’UE ces dernières années : « bazooka douanier » de Donald Trump, féroce concurrence commerciale et industrielle chinoise, et désormais crainte d’une crise du prix de l’énergie, liée à la guerre en Iran.
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