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Énergies renouvelables : les projets « citoyens » se déploient malgré les obstacles

Florence Falvy

Publié le 29 septembre 2025 à 13:46

Dans le Maine-et-Loire, le parc éolien du Fief-Sauvin aura nécessité près de trois ans de négociations avant un démarrage en septembre 2025.

Dans le Maine-et-Loire, le parc éolien du Fief-Sauvin aura nécessité près de trois ans de négociations avant un démarrage en septembre 2025.

Collectif Vents d'Evre

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Alors que la France accuse un retard dans le déploiement des énergies renouvelables, le modèle citoyen a le vent en poupe. C’est notamment le cas dans les Pays de la Loire, malgré de nombreux freins administratifs ou financiers.

Les projets d’énergies renouvelables citoyens, - soit ceux à partir de sources renouvelables (soleil, vent, eau, etc.) -, portés et financés en partie ou en totalité par des citoyens et/ou des collectivités locales est «  un modèle qui se développe depuis plus de quinze ans en France », indique à La Tribune Auréline Doreau, responsable de projets énergie et territoires au réseau Cler, une association nationale qui rassemble près de 300 structures engagées dans la mise en œuvre d’une transition énergétique, à l'occasion des Rencontres des territoires à énergie positives (Tepos), du 24 au 26 septembre dans les Pays de la Loire. 

A ce jour, 429 projets labellisés Energie Partagée totaliseraient une puissance installée de 893 mégawatts. « Ce qui n’est pas négligeable », poursuit-elle. Certaines régions historiques se sont emparées de ces sujets, comme la Bretagne, l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’Occitanie ou encore le Grand-Est. Si cette dynamique essaime peu à peu sur d’autres territoires, l’enjeu est de « massifier » ces projets alors que « les énergies renouvelables ne sont pas portées haut et fort par les pouvoirs publics ».

La France est en effet à la traîne. Avec quatre ans de retard, elle a atteint les 23 % exigés par la directive européenne RED I pour 2020. « Ce qui provoque une inquiétude voire une déstabilisation des filières industrielles. Heureusement, il y a une vraie mobilisation locale alors que 73% des Français ont une bonne image de l’éolien terrestre », complète Auréline Doreau en s’appuyant sur le sondage Harris Interactive de 2021.

« C’est un projet très lourd »

Certains projets rencontrent malgré tout des oppositions, notamment sur l'impact de l'installation elle-même. C’est le cas du parc éolien baptisé L’Hôtel de France, dans les cartons depuis six ans en Loire-Atlantique. Sur la commune de Blain, trois éoliennes de trois mégawatts et 165 mètres de haut chacune sont prévues. La production attendue s’élève à 22.300 mégawatts par an, soit 90% de la consommation électrique résidentielle de la commune. Ce projet est co-piloté et gouverné par trois partenaires, dont la SAS Énergies Citoyennes de l’Hôtel de France fondée par l'association Citoyens du Zef. Le projet sera financé à 80 % par des emprunts bancaires, les fonds propres constitueront les 20 % restants, les trois partenaires devant apporter un tiers de l’enveloppe totale. Si cette société n'a pas souhaité communiquer le montant de ce projet, elle constate en revanche que la facture s’est alourdie de « 35% à 40% ». Le calendrier est quant à lui incertain.

« Nous avons déposé le dossier en préfecture fin 2023 avant de devoir réaliser des études complémentaires sur la faune et la flore. Le dossier est désormais en instruction. Nous attendons la date de lancement de l’enquête publique. Si nous obtenons l’autorisation et si le projet ne fait pas l’objet de recours, la construction pourrait démarrer, au mieux, fin 2026 ou début 2027 », estime Thierry Plantard, directeur général de la SAS Énergies Citoyennes de l’Hôtel de France.

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Si ce dernier reconnaît l’importance de mesurer l’impact d’un tel projet, il pointe en revanche une certaine lourdeur administrative. « C’est un projet très lourd », s’exclame-t-il.

Près de trois ans de négociations 

Dans les Mauges, au sud-ouest du Maine-et-Loire, le parc éolien du Fief-Sauvin a quant à lui effectué ses premiers tours de pales le 19 septembre dernier. Comme quatre autres sites voisins, il s’agit d’un projet citoyen. D’une puissance de 13,2 mégawatts, il permettra de couvrir les besoins en électricité de 11.000 personnes (hors chauffage et eau chaude sanitaire). Sa réalisation a été financée en partie par l’investissement citoyen. 448 souscripteurs de 20 à 81 ans, dont les deux tiers habitent à moins de quinze kilomètres à la ronde, ont apporté plus de 3,2 millions d’euros, moyennant un ticket d'environ 7.300 euros. Le coût total du parc dépasse lui les 24 millions d’euros, soit 200.000 euros de plus que prévu.

Ici, la question de l'acceptation sociale ne s’est pas posée, si l’on en croit Gérard Grellier, secrétaire en charge de la communication au sein du collectif citoyen Vents d’Evre (environ 25 membres) à l'initiative du projet. Pour autant, le chemin a été semé d'embûches. C’est en 2015 qu’un agriculteur du coin pressent un potentiel de vent sur ces terres. Il prend alors contact avec Valorem pour évaluer la faisabilité d’installer une éolienne dans l’un de ses champs. Devant l’ampleur de l’investissement, il renonce mais autorise l'entreprise à poursuivre la prospection dans cette zone. Le développement du projet se poursuit avec Mauges Communauté. « A l’époque, le deal prévoyait une répartition du capital à hauteur de 51 % pour Valorem et 49 % pour Mauges Communauté, laquelle part serait divisible en 25 % minimum pour la collectivité et en 24 % maximum pour les citoyens », poursuit Gérard Grellier. En désaccord avec cette répartition, le collectif a alors demandé à ce que les citoyens soient majoritaires au capital. « Très vite, Mauges Communauté et Valorem ont accepté d’abandonner le premier accord initialement conclu et de reconnaître l’entrée dans la discussion du collectif citoyen, troisième partenaire qui va se structurer en association Vents d’Evre. » Finalement, Valorem décide de vendre le parc, une fois le développement terminé.

« La négociation avec Mauges Communauté s’est alors avérée très difficile car la collectivité demeurait intransigeante sur une répartition du capital à part égale », explique Gérard Grellierau sein de l'association Vents d'Evre.

Elle finit par se retirer aussi du projet et Vents d’Evre se retrouve seul aux commandes. Finalement, il aura fallu près de trois ans de négociations pour aboutir à ce parc 100% citoyen. 

Un autre frein : le financement

Une mobilisation citoyenne s’est également mise en place en Vendée, sous l’impulsion de Solaireau (70 adhérents). Originellement, cette association née en 2019 avait vocation à s’investir dans tout type de projets d’énergies renouvelables. Mais son premier projet, un parc éolien, est un échec en raison du refus d’élus locaux. Comprenant que le Plan Local d’Urbanisme Intercommunal et Habitat exclut tout projet d’éolienne présent ou futur, Solaireau se concentre alors sur le photovoltaïque. A ce jour, trois projets sont en fonctionnement. Le dernier en date a été inauguré en mars. 578 mètres carrés de panneaux solaires ont été installés sur le toit de la Maison d’Accueil Rural pour Personnes Âgées (MARPA) de Vendrennes. Ce projet, qui a nécessité un investissement de 130.000 euros, a été financé à 30% par des citoyens actionnaires de CoWatt et à 70% par prêt bancaire. Il aura fallu quatre ans et de nombreuses démarches pour le voir aboutir. « Ce projet a pris deux ans de retard car il a fallu lever différentes contraintes. La présence d’un château en ruine classé ABF (Architecte et Bâtiment de France) a notamment ralenti le projet », raconte à La Tribune Paul Vieille, le président de Solaireau.

L’association ne compte pas s’arrêter là. Elle a en effet identifié cinq terrains non cultivés de 4.000 mètres carrés à 10.000 mètres carrés pour réaliser de petites centrales au sol. Un premier projet, porté cette fois-ci par l’Association de promotion de l’éolien citoyen (APEC), pourrait voir le jour fin 2026. Le coût est estimé à environ 1,2 million d’euros. « Ce type d’installations ne bénéficie pas de tarifs d'achat garantis par l'État. Ce qui peut inquiéter les banques. Ici, la difficulté va être de le financer. »

Florence Falvy

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