Les inondations qui ont touché l’Allemagne en 2021, ainsi que la Belgique et les Pays-Bas, ont dépassé les 40 milliards d’euros de pertes à elles seules.
Les événements météorologiques et climatiques ont causé en moyenne 44,5 milliards d’euros de pertes dans l’Union européenne ces dernières années. Un montant qui pourrait être réduit si les Vingt-Sept investissent massivement dans les stratégies d’adaptation au changement climatique, selon l’Agence européenne de l’environnement.
Investir aujourd’hui pour réduire les coûts futurs : tel est le conseil adressé ce lundi par l’Agence européenne de l’environnement (AEE), dans son rapport quinquennal sur l’état de l’environnement en Europe (baptisé « Environnement Europe 2025 ») qui couvre 38 pays, dont les vingt-sept membres de l’Union européenne (UE).
Si l’organisme relève que « des progrès significatifs ont été réalisés dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la pollution atmosphérique », elle prévient que « l’état général de l’environnement en Europe n’est pas bon ». Or, « la survie de l’humanité dépend d’une nature de haute qualité, notamment en termes d’adaptation au changement climatique », appuie Catherine Ganzleben, une responsable en charge des Transitions durables et équitables.
Une facture à 738 milliards
Si l’AEE tire la sonnette d’alarme, c’est parce que le changement climatique a déjà beaucoup coûté. Les pertes se sont élevées à 738 milliards d’euros dans l’UE entre 1980 et 2023, d’après ses calculs. Dont près d’un quart (178 milliards d’euros) rien que sur les quatre dernières années de cette période, soit une moyenne de 44,5 milliards d’euros par an. À titre de comparaison, la moyenne annuelle s’élevait à 8,5 milliards entre 1980 et 1989 ou encore à 17,8 milliards plus récemment, entre 2010 et 2019, signe que la situation s’aggrave.
Il ressort en outre que les événements météorologiques les plus extrêmes ont engendré les coûts les plus importants. Ainsi, 5 % des événements climatiques les plus graves ont été responsables de 61 % des pertes, et seulement 1 % ont même entraîné 28 % des pertes totales. Les inondations de 2021 en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas s’affichent comme l’événement ayant engendré les pertes les plus colossales dans l’UE au cours des quarante dernières années, dépassant largement les 40 milliards d’euros.
Géographiquement parlant, ce sont les pays d’Europe centrale et méridionale qui ont été les plus touchés ces quatre dernières décennies. La Slovénie se place sur la première marche du podium, loin devant les autres avec des pertes chiffrées à plus de 866 000 euros par km². Suivent ensuite la Belgique (554 000 euros/km²), l'Allemagne (505 000 euros/km²), la Suisse (482 000 euros/km²) et l’Italie (447 000 euros/km²) – celles de la France ont atteint quelque 203 000 euros/km².
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Le pire resterait encore à venir. L’aggravation des effets du changement climatique pourrait « réduire le PIB [produit intérieur brut] de l’UE de 7 % d’ici la fin du siècle », prévient l’AEE, évaluant les pertes à « 2 400milliards d’euros entre 2031 et 2050 si le réchauffement dépasse 1,5 °C », ce qui semble être la trajectoire sur laquelle la planète se trouve.
Pour y remédier la solution est pourtant simple sur le papier et repose sur « l’atténuation du changement climatique, l’adaptation à celui-ci et la lutte contre la crise environnementale », liste l’AEE. « Investir aujourd’hui contribuera en effet à réduire les coûts futurs », indique-t-elle encore. Elle préconise pour cela de « réorienter les flux financiers vers des investissements durables et de réduire l’exposition des entreprises et des acteurs des marchés financiers aux risques physiques et transitoires liés à la dégradation du climat et de l’environnement ».
Un objectif encore loin d’être atteint. « Malgré les données probantes montrant que les coûts de l’inaction dépassent largement les coûts d’investissement actuels, la mobilisation de financements, notamment pour l’adaptation et la protection de la nature, demeure un défi », reconnaît l’AEE.
Comptablement parlant, l’organisation estime que l’UE doit accroître ses investissements d’environ « 743 milliards d’euros par an d’ici 2030 » pour atteindre les objectifs du « Pacte vert pour l’Europe », la feuille de route qui vise à rendre le continent climatiquement neutre en 2050. Ce qui représente, chaque année jusqu’en 2030, l’équivalent de 4,1 % du PIB de l’UE en 2024.