Les collectifs opposés au projet de Pure Salmon à l'embouchure de l'estuaire de la Gironde ont manifesté mardi, à l'occasion du début de l'enquête publique. Après deux ans d'instruction, le porteur de projet estime avoir déminé les questions environnementales.
« Usine à saumons, non merci ! », scande la cinquantaine de personnes rassemblées sur le parvis des droits de l’Homme de Bordeaux ce 15 décembre. La date n’est pas choisie au hasard : l’enquête publique du projet Pure Salmon au Verdon-sur-Mer ouvre aujourd’hui. « C’est un moment de bascule pour la région Nouvelle-Aquitaine, pour la France », rappelle au micro Maxime de Lisle, cofondateur de l’ONG Seastemik. Il s'agirait en effet du premier élevage de masse de ce poisson consommé à hauteur de 200 000 tonnes chaque année dans le pays.
L'élevage de Pure Salmon prévoit de produire près de 10 000 tonnes de saumons par an et de prélever 6 500 mètres cubes d’eau par jour dans une nappe d’eau saumâtre qu’il faudra en partie désaliniser. La technologie promise par Pure Salmon est également critiquée par les opposants. « Ce système d'aquaculture en recirculation n'est pas maîtrisé, il n'y a pour l'instant pas d'usine qui dépasse les 2 000 tonnes de saumons par an », clame la députée de Haute-Garonne Anne Stambach-Terrenoir (LFI). En début d'année 2025, elle avait déposé une proposition de loi « visant à instaurer un moratoire sur les projets de fermes aquacoles de saumons à circuit fermé. » Et compte bien la relancer. De quoi donner un écho politique à la contestation locale ?
Pour Maxime de Lisle, la première étape est « d’avoir une mobilisation massive dans l’enquête publique ». Et d’avancer en coulisses sur le plan de la justice administrative. Leurs recours pourraient porter « sur des questions de procédure, mais on ne peut rien dire, il faut surprendre », annonce le co-fondateur de Seastemik. L’ONG souhaite également donner un écho politique à la mobilisation locale où les élus écologistes sont également fermement opposés au projet depuis les débuts. Mais, malgré la contestation persistante, l'entreprise affiche officiellement beaucoup de sérénité.
Après des avis négatifs ou des demandes de précisions, la Commission locale de l’eau a délivré un feu vert. Le Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis en a fait de même. Le dossier a, lui, été jugé complet par les services de l’Etat fin octobre pour ce qui constituerait le plus grand élevage aquacole terrestre d’Europe. « On a suffisamment désamorcé les sujets environnementaux », pense Frédéric Carlier, le responsable du projet. « Des oppositions il y en aura toujours. Le fait est que nous avons mené les études demandées et que nos conclusions ont été validées. Aujourd’hui, on est en enquête publique pour que chacun puisse prendre connaissance du dossier », invite-t-il. Le projet est également soutenu par la communauté de communes Médoc Atlantique et le Parc naturel régional Médoc.
La longue phase d'instruction orchestrée par les services de l'Etat a engendré de nombreux d’aller-retours avec le porteur de projet, sommé de parfaire son dossier. Il avait en effet retiré sa demande d’autorisation environnementale en 2023 suite aux lacunes observées. La cause principale : les vives interrogations autour de l’impact des forages sur les nappes d’eau souterraines. Ce qui avait ensuite motivé la Commission locale de l’eau dédiée aux nappes profondes à juger le projet incompatible avec les enjeux de préservation de la ressource.
Newsletter
Climat & environnement
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.
L’enquête publique, dernière étape réglementaire avant la sentence finale de la préfecture, se terminera le 19 janvier prochain. D’ici le printemps, Pure Salmon saura enfin si elle peut lancer la construction de l’élevage industriel destiné à produire chaque année 10 000 tonnes de saumon. Les premiers œufs pourraient être accueillis en 2028 au mieux, avant d’alimenter le marché français.
Après un échec à proximité de Boulogne-sur-Mer, Pure Salmon mettrait ainsi près de six ans à lancer son activité au Verdon-sur-Mer. « On a passé beaucoup de temps à travailler le dossier, et on l’a fait pour éviter de perdre face à un recours devant le tribunal », assure Frédéric Carlier, qui attendra pourtant que les éventuels recours soient purgés avant de lancer l’aménagement.
À la pointe de l’estuaire, sur une partie de l'ancien terminal du Grand port maritime de Bordeaux labellisé site industriel « clés en main » par l’Etat, ce sont 70 000 m²2 de bâtiments qui doivent être construits. L’entreprise affiche 283 millions d’euros d’investissement, abondés par le fonds singapourien 8F Asset Management, et promet la création de 250 emplois.
« Le marché français est un des plus gros marchés européens, il y a donc un réel intérêt à produire sur place », argumente le dirigeant qui invoque un enjeu de souveraineté alimentaire. En dépit des oppositions de part et d’autre de l’estuaire, c’est le préfet qui aura la main pour trancher et savoir si la pointe du Verdon se trouvera ou non un nouvel avenir industriel dans cette zone naturelle très sensible.