Salinisation (1/2) - Dans le sud de la France, la salinisation des terres, amplifiée par le réchauffement climatique et les activités humaines, inquiète au plus haut point. Les concentrations de sel dans les eaux et les sols atteignent des records. Pour alerter les consciences, un procès fictif du sel, loin d’être anecdotique, aura lieu fin novembre à Arles.Près de 11 % des terres mondiales sont touchées par la salinité, selon une étude pilotée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Encore trop largement sous estimé, le sel représente pourtant, de l’avis de tous les hydrologues, l’un des plus grands enjeux à venir de l’humanité. Une problématique qui se retrouve partout, à différents niveaux. En 2023, l’approvisionnement en eau potable de la Louisiane a été menacé par les remontées d’eau salée dans le Mississipi. En France, Nantes a également frôlé la rupture d’eau potable en raison d’un bouchon vaseux dans l’estuaire.
« La question des remontées salines se pose dès lors qu’il y a des concentrations de populations sur les bordures littorales, induisant des besoins en eau donc des pompages intensifs provoquant une intrusion d’eau salée de la mer dans la nappe et la rendant saumâtre, auxquels s’ajoutent des épisodes de sécheresse » synthétise Emma Haziza, hydrogéologue, présidente fondatrice de Mayane, centre de recherche-action sur la résilience et l’adaptation climatique.
Dans l’Hérault, lutte contre l’inversac
Avec sa façade littorale de 220 kilomètres, l’Occitanie est en première ligne dans cette guerre souterraine entre eau douce et eau salée.
« Dans l’Hérault, les cordons littoraux sont extrêmement fragiles avec des jeux de bascule dans les étangs, indique l’hydrogéologue. Il suffit qu’il y ait une petite surélévation pour créer un inversac (la source inverse son débit, NDLR) pouvant conduire à l’augmentation du biseau salé. »
C’est le cas sur l’étang de Thau où l’eau salée infiltre les nappes phréatiques et la source de la Vise. Une intrusion qui tend à se multiplier (huit occurrences sur la zone depuis 1967) à cause du changement climatique. Face aux risques encourus pour les acteurs économiques (conchyliculteurs, pêcheurs, thermes de Balaruc-les-Bains,…) un programme expérimental sur trois ans est en cours (suivi scientifique, mesure des débits, tests de solutions de protection, etc.) afin de mieux maîtriser les risques.