Malgré la colère récurrente des agriculteurs européens, la Commission européenne maintient sa politique d’accords de libre-échange. Pour la justifier, elle s’appuie sur des études économiques dont la dernière conclut à un impact global positif, bien que faible, sur la balance commerciale. Mais ce sont surtout des considérations géostratégiques qui motivent son obstination.La polémique autour du traité avec le Mercosur, que l’Union européenne n’arrive pas à éteindre, en est le dernier exemple flagrant : la conclusion d’accords de libre-échange par l’UE inquiète les agriculteurs européens, qui dénoncent le sacrifice de leurs intérêts au profit de ceux de l’industrie dans les pays tiers. La Commission européenne ne dévie pourtant pas de cette politique, qu’elle considère comme le pendant extérieur du fondement même de l’intégration européenne : la création d’un marché unique interne.
Elle se prévaut déjà d’une bonne quarantaine d’accords avec plus de 70 pays et régions en vigueur, et compte accroître ce bilan, avec une dizaine d’autres en attente d’adoption, de ratification, ou en cours de négociation. Si leur portée est toujours très large afin d’y englober l’ensemble des secteurs économiques de l’Union européenne concernés, Bruxelles en défend néanmoins l’intérêt, y compris pour le secteur agroalimentaire, qui à ses yeux n’est donc pas sacrifié.
Un impact cumulé « positif »
Depuis 2016, une étude menée par le Joint Research Centre (JRC, Centre commun de recherche) de la Commission tente notamment d’anticiper l’impact économique d’ensemble des accords à venir. Sa troisième édition, publiée en 2023, se penche sur les effets potentiels à horizon 2032 de la dizaine de traités commerciaux encore en cours de négociation ou en attente de signature ou d’entrée en vigueur : avec l’Australie, le Chili, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, le Mercosur, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, les Philippines et la Thaïlande. Elle compare notamment un scénario où aucun de ces traités ne serait conclu (« business as usual », incluant tous les accords déjà en vigueur) avec — pour les textes encore en négociation — deux autres hypothèses : une plus « conservatrice » et une plus « ambitieuse » en matière de libéralisation des échanges.