La viande bovine brésilienne est pointée du doigt par les éleveurs français, opposés au Mercosur, pour ses liens avec la déforestation de l'Amazonie et sa production bon marché. René Poccard-Chapuis, géographe et spécialiste des territoires amazoniens et de l'élevage bovin, fait le point pour La Tribune.Jeudi et vendredi, les agriculteurs français ont ressorti leurs tracteurs et leurs pancartes pour protester contre la « concurrence déloyale » des produits agricoles importés d’autres pays, et notamment contre ceux qui pourraient venir des pays du Mercosur si l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, en voie de finalisation, était signé. La viande bovine brésilienne est particulièrement montrée du doigt pour ses liens avec la déforestation de l’Amazonie et sa production bon marché. René Poccard-Chapuis, géographe et spécialiste des territoires amazoniens et de l’élevage bovin au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), analyse pour La Tribune la réalité d’un tel danger.
LA TRIBUNE — Les éleveurs de viande bovine déplorent des normes de production moins exigeantes dans les pays du Mercosur, qui engendreraient une « concurrence déloyale ». Comment est produite aujourd’hui la viande bovine au Brésil ?
RENÉ POCCARD-CHAPUIS — Les pratiques varient en fonction des conditions environnementales, qui sont très différentes selon les régions. Mais le gros de la production bovine brésilienne est à l’herbe — comme d’ailleurs en Uruguay et en Argentine. La terre n’est pas chère. Les éleveurs ont de grandes surfaces, les parcelles sont fermées mais immenses. C’est le système dit du « ranching », qui tourne à moins de 0,5 - 0,8 têtes par hectare. À titre de comparaison, en France, le ratio va de 1-2 têtes par hectare dans les systèmes boucher à huit dans l’élevage laitier, essentiellement hors-sol.
Il y a néanmoins aussi de plus en plus de finition en feed-lots au Brésil. Des milliers, voire des dizaines de milliers, de bovins sont rassemblés dans de grands enclos et nourris avec des rations plus énergétiques, à base de maïs. Cela leur permet de développer, en plus du gain musculaire, une couche de graisse sous la peau, fondamentale pour les abatteurs parce qu’elle protège la carcasse dans la chambre froide.