Mobilisation agricole : « Un premier avertissement », prévient la FNSEA dans l’Hérault

Le 26 septembre 2025, des manifestants déversent une remorque de déchets devant les bureaux de la DDTM à Béziers (Hérault).
Michèle TREVOUX

Le 26 septembre 2025, des manifestants déversent une remorque de déchets devant les bureaux de la DDTM à Béziers (Hérault).
Michèle TREVOUX
Le premier syndicat agricole de France, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), avait appelé ce 26 septembre à une « grande journée d’action » partout dans le pays, aux côtés des Jeunes Agriculteurs (JA). Objectif : protester contre des importations jugées « aberrantes » dans le cadre du projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et des pays latino-américains du Marché commun du Sud (Mercosur), dont le processus de ratification a été lancé début septembre par Bruxelles.
Même si Bruxelles promet de faibles volumes importés, les filières agricoles européennes redoutent une baisse des prix mais aussi une concurrence déloyale en raison de normes de production moins-disantes sur le plan sanitaire et environnemental, et de contrôles défaillants.
Les agriculteurs manifestent aussi contre les taxes imposées par Donald Trump.
De son côté, la Coordination rurale a demandé à être reçue par le Premier ministre, tandis que la Confédération paysanne a quant à elle annoncé une manifestation à Paris le 14 octobre.
Des mobilisations de la FNSEA étaient attendues devant des supermarchés ou des préfectures. Des rassemblements plutôt symboliques, néanmoins loin des grandes manifestations de blocage des années passées, alors que les viticulteurs notamment sont encore occupés sur les vendanges.
Dans l’Hérault, c’est à Béziers que les agriculteurs s’étaient donnés rendez-vous. Au petit matin, une quarantaine d’entre eux se sont retrouvés pour relayer le mouvement initié par les instances nationales.
« Nous ne sommes pas nombreux aujourd’hui car beaucoup sont encore en vendanges, a souligné Cédric Saur, secrétaire général de la FDSEA de l’Hérault. Mais c’est un premier avertissement pour alerter notre nouveau Premier ministre sur la situation d’urgence de l’agriculture héraultaise. L’agriculture reste le premier poste d’exportation de la France car les avions, qui sont souvent cités en tête de nos exportations, sont des produits européens pas exclusivement français. Si on veut préserver notre souveraineté alimentaire, il nous faut plus de soutien face au changement climatique et aux répercussions des tensions géopolitiques, comme la taxe Trump, qui plombent nos exportations. »
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La colère paysanne locale a été attisée par des échos parisiens récents évoquant la possibilité de fondre le ministère de l’Agriculture dans un grand ministère de l’Environnement. Une provocation, estiment les responsables syndicaux.
Première étape du cortège de tracteurs et voitures : le bâtiment des douanes devant lequel ont été déversés des marcs de distillerie. Bombe à la main, dans une ambiance bon enfant, les manifestants ont exprimé leur colère à travers des messages tagués sur le sol et les murs, parmi lesquels « Stop aux normes » ou « Contrôlez les frontières ».
Philippe Hébrard, viticulteur sur 18 hectares à Saint-André-de-Sangonis, fait partie de la délégation. Il s’est levé à 2 heures du matin pour charger une remorque de souches qui a été déversée devant la sous-préfecture à Lodève.
« En France, nous sommes les champions du monde de la propreté environnementale, peste-t-il. On fait mieux que tous les autres pays d’Europe, mais c’est devenu invivable pour nous, les agriculteurs. On croule sous les normes et les contrôles, alors que nos voisins européens ne sont pas soumis aux mêmes règles. »
Nouvelle étape devant les bureaux de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) où ont été déversées deux remorques de déchets. « Aidez-nous au lieu de nous tuer », « Des déchets à votre image. On nous prend pour des merdes », dénoncent les tags rageurs bombés sur les murs.

Le cortège s’est ensuite déplacé quelques mètres plus loin devant la sous-préfecture où les responsables syndicaux avaient rendez-vous avec François-Xavier Lauch, préfet de l’Hérault. A l’issue d’une heure de réunion, les élus sont ressortis avec le sourire.
« Nous saluons l’écoute du préfet qui nous a promis de relayer nos revendications au niveau national, a déclaré Jérôme Despey, vice-président de la FNSEA et président de la chambre d’agriculture de l’Hérault. Nous avons d’ores et déjà obtenu, pour les viticulteurs héraultais, un report de paiement au 31 décembre de la Taxe Foncière sur les Propriétés non Bâties (TFPNB, ndlr) et une procédure de dégrèvement collectif par commune, dont les modalités restent à définir en fonction des pertes de récolte estimées. Concernant la sur-administration et les contrôles, le préfet s’est engagé à suspendre tous les contrôles durant cette période des vendanges, jusqu’au 13 octobre, date à laquelle se réunira une mission interministérielle sur les contrôles. »
La délégation s’est ensuite rendue au Parc des expositions de Béziers où se tenait le Salon des maires de l’Hérault. Les représentants du monde agricole ont sollicité le soutien des édiles, les invitant à relayer auprès de l’Etat la revendication essentielle de cette mobilisation paysanne : « Ce que nous ne voulons pas pour nos propres assiettes, nous ne devons pas l’importer pour celles des Français ».
La conclusion est revenue au préfet de l’Hérault, qui se dit bien conscient des difficultés de l’agriculture départementale : « La viticulture héraultaise va mal. Une fois de plus, les rendements ne sont pas au rendez-vous. Sur les cinq dernières années, une seule récolte a été normale. Le rendement moyen se situe à 50 hectolitres/hectare alors que le seuil de rentabilité est entre 75 et 80 hectolitres/hectare pour les viticulteurs en coopératives. L’Etat a déjà beaucoup aidé les viticulteurs de ce département les années précédentes, 50 millions d’euros ont été distribués, mais il faut à nouveau trouver des moyens pour leur permettre de passer le cap et éviter une nouvelle réduction de notre vignoble. L’arrachage est un crève-cœur. Trouvons des moyens pour stabiliser nos surfaces en vigne : une rémunération des viticulteurs pour les services environnementaux qu’ils assurent, l’affichage d’un sur-prix sur les bouteilles indiquant au consommateur à quel le niveau de prix nos viticulteurs peuvent vivre de leur production, l’avancée des projets Aqua Domitia 2 (réseau d’eau additionnel, NDLR) et des retenues hivernales pour amener l’eau dans le vignoble. Car sans eau, il n’y aura pas de maintien de l’agriculture… ».
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Les idées ne manquent pas, reste à les concrétiser et le temps presse. Lancée mi-septembre par France Agrimer, l’enquête sur les souhaits d’arrachage des viticulteurs a connu un taux record de réponse dès la première semaine.
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