Aurélio Borges, chef d'une communauté quilombola, pose pour des photos avec une copie du titre de propriété du territoire de sa communauté, délivré par l'État du Pará.
En Amazonie, la question de la propriété des terres reste un casse-tête pour les autorités brésiliennes. L’absence de titres fonciers clairs alimente les conflits et complique la lutte contre la déforestation.
Ses quelque 7 millions de kilomètres carrés -dont 60% brésiliens- constituent un patrimoine écologique essentiel pour l’ensemble de la planète et des humains. Mais à qui appartient concrètement l’Amazonie?
Au Brésil, la question se pose quotidiennement, et constitue un casse-tête juridique qui complique la lutte contre la déforestation. Elle puise ses racines dans l’histoire du pays, et notamment dans celle de cette région, longtemps laissée à la marge du développement économique national.
Une colonisation dans le désordre
La répartition des terres entre la République fédérale, les États du nord du Brésil et les municipalités est en effet parfois encore précaire. 14 millions d’hectares censés appartenir à l’Etat du Pará, qui abrite une grande partie de la forêt amazonienne, n’ont par exemple jamais été enregistrés, observe Bruno Kono, président de l’Iterpa (Institut des terres du Pará), l’autorité étatique chargée de la régularisation foncière. Une démarche pourtant préalable à la validité de toute éventuelle cession, à laquelle l’organisme tente désormais de s’attaquer progressivement.
La propriété des terres privatises est en outre souvent âprement disputée. La politique de colonisation de l’Amazonie lancée dans les années 1960-1970 par les pouvoirs publics, qui ont promis d’en céder les surfaces aux colons qui les exploiteraient, s’est en effet faite dans le plus grand désordre. Les colons, en plus de défricher la forêt, ont souvent outrepassé les parcelles qui leur avaient été attribuées.
Les droits des populations déjà présentes en Amazonie ont été piétinés. De nombreuses transactions ont été réalisées sans notaires, et l’absence de registres publics fiables, comme le trafic de faux papiers, ont entériné l’absence de titres fonciers et les conflits juridiques.
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« Le cadastre est, aujourd’hui, comme un fromage suisse », résume Bruno Kono. Sous sa présidence, l’Iterpa a ainsi lancé une modernisation du système d’enregistrement, qui a réduit les délais du processus de régularisation foncière de plus de 8 ans à une dizaine de jours, s’enorgueillit-il. Une technologie exemplaire qui est désormais partagée gratuitement avec d’autres Etats brésilien ainsi qu’avec l’Union fédérale. L’Iterpa a en outre engagé des discussions avec les communautés locales, qui ont abouti à la reconnaissance de titres collectifs - inédits - leur permettant de prouver leur droit foncier.