Plusieurs Etats de l’Union européenne, dont la France, refusent de s’engager sur un objectif climatique ambitieux pour 2040 sans la possibilité de recourir aux crédits carbone internationaux, afin de compenser leurs propres émissions de CO2. Jusqu’ici, Bruxelles s’y était toujours refusé.Pour aboutir à un accord, il faut parfois mettre de l’eau dans son vin. C’est ce qu’a fait la Commission européenne. Jusqu’ici opposée à l’idée d’acheter des crédits carbone à l’étranger pour compenser les émissions de CO2 du Vieux Continent, elle s’apprête à franchir cette ligne. L’objectif : faire en sorte que les États membres s’entendent sur une réduction de 90 % des émissions nettes de CO2 d’ici à 2040 par rapport à 1990, en leur offrant plus de « flexibilité » pour y parvenir.
En effet, dans une proposition de révision de la loi climat présentée cet été, l’exécutif bruxellois ouvre la porte à une telle solution, poussée par plusieurs pays dont la France. Concrètement, il s’agirait de permettre aux États ou aux entreprises d’acheter des crédits de décarbonation provenant de projets situés en dehors de l’Union européenne, par exemple la plantation ou la restauration de forêts dans des régions en développement. Au grand dam des ONG de défense du climat, qui dénoncent un permis à polluer des nations les plus riches.
« Ce serait un réel recul par rapport à la doctrine actuelle, qui consiste à ne pas externaliser les rejets de gaz à effet de serre de l’Europe mais plutôt de les réduire à l’intérieur même des frontières », souligne Alain Karsenty, économiste et chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).
« Nous élargissons l’espace des solutions […] Une partie du travail, une partie des réductions d’émissions, peut être réalisée en dehors de l’Union européenne », a quant à lui justifié Wopke Hoekstra, commissaire chargé du Climat.
La France demande plus de souplesse
Et pour cause : sans cet assouplissement, les Etats membres risquaient de bloquer les négociations. Réunis ce mardi à Bruxelles, les ministres de l’Environnement devront en effet voter sur l’objectif climatique pour 2040, et déterminer comment y parvenir.