Elevages bovins : la dermatose nodulaire prend pied dans les Pyrénées

Après la Catalogne, des cas de dermatose nodulaire contagieuse viennent d'être identifiés dans les Pyrénées-Orientales (15 octobre 2025)
Yann KERVENO

Après la Catalogne, des cas de dermatose nodulaire contagieuse viennent d'être identifiés dans les Pyrénées-Orientales (15 octobre 2025)
Yann KERVENO
Depuis le 3 octobre dernier et la découverte d’un cas de dermatose nodulaire contagieuse dans une étable de Castello d’Empuriès, en Catalogne, le monde de l’élevage des Pyrénées-Orientales, de l’Aude et de l’Ariège retenait son souffle. Et plus encore à mesure que d’autres cas étaient annoncés, cinq foyers* au total ont pour l’heure été officialisés par les autorités catalanes. Depuis mercredi 15 octobre, la maladie a bien franchi la frontière et la préfecture des Pyrénées-Orientales a annoncé la découverte de trois foyers dans une estive du massif du Canigó à Valmanya.
Cette maladie est classée en catégorie A selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), c’est à dire théoriquement absente du sol européen et qui implique une éradication obligatoire. En vertu du protocole en vigueur, tous les animaux présents dans les foyers épidémiologiques doivent donc être abattus. Selon les premières informations recueillies en début de matinée de ce 16 octobre, une centaine de bovins seraient concernés par cette mesure dans les Pyrénées-Orientales.
Le mouvement des animaux est par ailleurs interdit dans une zone de 20 kilomètres autour des foyers, soit environ 70 communes du massif, dans lesquelles la vaccination des bovins sera opérée. L’ensemble des autres communes du département sont placées en zone de surveillance.
Si elle n’est pas transmissible à l’homme, la dermatose nodulaire contagieuse pose plusieurs problèmes. Elle peut provoquer jusqu’à 10 % de mortalité dans les troupeaux de bovins. Elle est véhiculée, comme d’autres maladies, par des insectes piqueurs, mouches ou taons qui transportent le virus des animaux infectés vers les animaux sains au moyen d’une transmission mécanique, le virus, par ailleurs très résistant, restant sur les pièces buccales des insectes qui peuvent parcourir jusqu’à six kilomètres (pour les taons). À moins d’embarquer dans une voiture ou une bétaillère…
La durée d’incubation, 4 à 28 jours, rend le suivi difficile à effectuer, d’autant qu’une partie des animaux est encore présente en estive et non dans les élevages. Enfin, le vaccin qui sera pratiqué n’offre une immunité complète qu’au bout de 21 jours et pour une année.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

À Perpignan, une réunion doit se tenir ce jeudi soir en présence de toutes les parties prenantes du monde l’élevage pour « définir un plan de solidarité professionnelle », tandis que la préfecture mettra en place un comité de suivi dès les abattages réalisés.
Avant ces trois premiers foyers découverts dans les Pyrénées-Orientales, 83 foyers concernant 51 élevages avaient été recensés depuis l’apparition de la maladie en France le 29 juin dernier. Cinq départements étaient jusque-là concernés : la Savoie, la Haute-Savoie, et les départements les plus touchés, l’Ain, le Rhône et le Jura. La maladie était apparue sur le sol européen le 20 juin en Sardaigne et selon la plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale (Anses, Cirad, INRAE…), c’est la même souche qui circule en Italie et dans l’est de la France.
Reste maintenant à évaluer les conséquences commerciales de la maladie pour les éleveurs des Pyrénées-Orientales. En Espagne, grand exportateur de bovins vivants comme la France, la survenue des cas catalans a complètement fermé la porte du Maroc qui absorbe près de la moitié des exportations quand d’autres pays, le Liban par exemple, ont restreint l’interdiction aux animaux en provenance de la région concernée.
* Unités épidémiologiques d’un animal malade et plusieurs animaux autour de lui.