Dermatose bovine : ce qu’il faut retenir de ce week-end
latribune.fr
Depuis l'apparition du premier foyer de DNC en France en juin, la doctrine de l'État repose sur l'abattage systématique des troupeaux touchés, des restrictions strictes de circulation des animaux et une vaccination ciblée dans un rayon de 50 kilomètres...
Reuters
Dermatose bovine : ce qu’il faut retenir de ce week-end
Blocages routiers, bras de fer sanitaire et montée des tensions politiques : la gestion de la dermatose bovine a franchi un cap ce week-end, installant durablement la crise dans le Sud-Ouest. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, est attendue ce lundi sur le terrain, en Occitanie.
Contestée par une partie du monde agricole et de la classe politique, défendue par l’exécutif au nom du « modèle sanitaire français », la stratégie de lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a cristallisé les tensions. Le week-end a confirmé l’enracinement d’une crise qui dépasse désormais le seul cadre vétérinaire.
Le Sud-Ouest, épicentre de la mobilisation
Le Sud-Ouest s’est imposé comme le cœur de la contestation. L’autoroute A64 est restée largement bloquée entre Bayonne et Toulouse. Des campements ont été installés sur la chaussée, certains agriculteurs affirmant être prêts à maintenir les barrages pendant les fêtes de fin d’année. D’autres axes structurants ont également été perturbés, dont l’A75, l’A7 et l’A62, traduisant une mobilisation appelée à durer. « On est parti pour passer les fêtes ici », a déclaré à l'AFP Cédric Baron, agriculteur-éleveur de bovins à Montoussin (Haute-Garonne), mobilisé à Carbonne, point de départ d'un précédent mouvement de protestation agricole en janvier 2024.
Une stratégie sanitaire de plus en plus contestée
Depuis l’apparition du premier foyer de DNC en France en juin, la doctrine de l’État repose sur l’abattage systématique des troupeaux touchés, des restrictions strictes de circulation des animaux et une vaccination ciblée dans un rayon de 50 kilomètres autour des foyers. Cette ligne est soutenue par la FNSEA et Jeunes Agriculteurs, mais vivement dénoncée par la Coordination rurale et la Confédération paysanne, unies dans leur rejet de l’euthanasie généralisée et leur demande d’une vaccination étendue à l’ensemble du cheptel français, fort de 16 millions de bovins. « Quand il y a une bête malade, tout le monde est d'accord pour l'abattre, mais tuer des troupeaux entiers, alors qu'il faut des années pour monter une génétique et monter un troupeau, on est totalement contre », a déclaré à l'AFP Christophe Guénon, éleveur de vaches et maraîcher en bio, près de Bordeaux.
L’exécutif assume le « protocole le plus efficace »
Face aux critiques, le gouvernement a réaffirmé ce week-end sa ligne. La porte-parole de l’exécutif, Maud Bregeon, a soutenu que la stratégie combinant abattage des troupeaux contaminés et vaccination ciblée constituait « le protocole sanitaire le plus efficace ». « Ce n’est pas une décision politique, c’est une décision sanitaire concertée depuis juillet avec le Parlement sanitaire, qui réunit vétérinaires, éleveurs, organisations syndicales, chambres d’agriculture, services de l’État et l’Anses », a-t-elle insisté.
Interrogée sur l’absence de vaccination généralisée, la responsable a mis en avant les conséquences économiques d’un tel choix. « Lorsqu’un département est vacciné, le territoire est considéré comme contaminé et ne peut plus exporter », a-t-elle rappelé, évoquant des répercussions directes sur le revenu des agriculteurs.
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Depuis le début de l’épizootie, environ 3 000 bovins ont été abattus, soit « 0,02 % du cheptel français », a-t-elle souligné, estimant que ce sacrifice permettait de protéger l’ensemble du parc bovin.
Vaccination élargie, sans généralisation
Dans ce cadre, le gouvernement a annoncé la vaccination d’un million de bovins supplémentaires dans huit départements du Sud-Ouest, en plus du million déjà vacciné, pour un coût estimé à 20 millions d’euros. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, doit se rendre sur le terrain pour assister au lancement de cette nouvelle phase. Elle continue toutefois d’écarter toute vaccination généralisée à l’échelle nationale, invoquant des contraintes sanitaires, logistiques et économiques.
Tensions sur le terrain et fermeté sécuritaire
Le week-end a été marqué par des tensions avec les forces de l’ordre, notamment en Ariège, où les gendarmes sont intervenus pour permettre l’accès des vétérinaires à une exploitation touchée. Si le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a appelé à faire preuve de « souplesse » et de « tact », Maud Bregeon a assumé le recours à la force si nécessaire : « Le gouvernement est intervenu en Ariège il y a deux jours et, s’il y a besoin d’intervenir de nouveau, on interviendra de nouveau », a-t-elle prévenu.
Une crise désormais pleinement politique
La gestion de la DNC s’invite désormais au cœur du débat politique. Marine Le Pen a appelé à une concertation « urgente » avec les agriculteurs pour explorer des alternatives à l’abattage. La France insoumise dénonce de son côté un abattage « systématique » et réclame une généralisation de la vaccination. La présidente du groupe LFI à l’Assemblée, Mathilde Panot, a demandé à rencontrer la ministre de l’Agriculture et souhaite l’organisation d’un débat parlementaire.
La présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, a adressé dimanche une lettre ouverte au Premier ministre Sébastien Lecornu, lui demandant « d'intervenir afin de garantir, dans les plus brefs délais, un dialogue franc et sincère avec les agriculteurs. »
Au-delà de la dermatose, un malaise agricole persistant
Au fil du week-end, la dermatose bovine s’est imposée comme le révélateur d’un malaise agricole plus large, nourri par les inquiétudes sur les accords commerciaux du Mercosur, la baisse annoncée du budget de la Politique agricole commune et la fragilité économique des exploitations. Pour de nombreux éleveurs mobilisés, la crise sanitaire agit désormais comme un catalyseur d’une exaspération ancienne, que la défense du protocole gouvernemental ne suffit plus à contenir.