L’Agence, dont les publications font référence dans le monde entier, estime qu’investir dans de nouveaux projets pétroliers et gaziers pourrait s’avérer indispensable en raison de l’épuisement naturel des réservoirs qui s’accélère. Un discours bien différent de celui qu’elle tenait il y a quatre ans.C’est un véritable changement de paradigme. En mai 2021, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), pourtant connue pour sa proximité avec l’industrie pétro-gazière, enjoignait le monde à renoncer « maintenant » à tout nouveau projet pétrolier ou gazier afin que la planète ait une chance d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 et de limiter le changement climatique à 1,5 °C. Une déclaration sur laquelle s’appuyaient bon nombre d’ONG climatiques pour muscler leurs plaidoyers.
De nouveaux investissements peuvent être nécessaires
Quatre ans plus tard, l’Agence, dont les publications font référence pour les entreprises du monde entier, change radicalement de ton. L’AIE estime désormais qu’en raison du déclin accéléré des gisements, il peut être nécessaire d’investir dans de nouveaux projets pétroliers et gaziers, afin de maintenir la production de pétrole à son niveau actuel, même si « les quantités nécessaires pourraient être réduites si la demande de pétrole et de gaz diminuait ». Et pour cause, 90 % des investissements actuels servent à compenser les pertes d’approvisionnements dans les champs existants. Ce qui laisse « un grand fossé à combler par de nouveaux projets conventionnels de pétrole et de gaz », est-il précisé.
Pour Édouard Lotz, analyste au sein du cabinet de conseil en énergie Omnegy, un tel changement n’a rien d’étonnant. « Entre 2021 et aujourd’hui, le monde a bien changé. Les préoccupations sur le climat ont laissé place à la sécurisation de l’approvisionnement en énergie et le prix des énergies. La question n’est plus tant de savoir si elles polluent ou non », commente-t-il, alors que de nombreuses banques et entreprises font machine arrière sur leurs engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Avec cette publication, l’AIE ne prend pas position sur la question climatique, mais elle dresse un constat sur le niveau de production. Il est certain, en revanche, que si nous continuons à ce rythme cela sera problématique pour le climat », poursuit l’analyste.